Est-ce vraiment le rôle des collaborateurs de créer de la valeur ?

0

«  Il n’est de richesse que d’hommes…  », affirmait en son temps le philosophe Jean Bodin. Si on ne peut évidemment nier que la création de valeur est un enjeu majeur pour une entreprise, à qui incombe-t-elle réellement ? Peut-on aujourd’hui reprocher à un collaborateur de ne pas engendrer de la valeur ? Pour tenter de répondre à cette question, nous avons fait appel à deux experts du management et de la finance. Leur point de vue en débat.

Oui. Un collaborateur impliqué crée de la valeur

Monique Valcour

En mobilisant ses forces, ses centres d’intérêts et ses passions, chaque salarié, quel que soit son statut au sein de l’organisation, est capable de créer une plus grande valeur pour l’entreprise  »

Monique Valcour, coach et professeure de management.

Pour Monique Valcour, le rôle des collaborateurs est évidemment dans l’idéal de créer de la valeur. Dans cette optique et afin de donner un véritable sens au travail, chaque collaborateur doit se sentir impliqué et avoir la possibilité de s’engager dans le développement des solutions.

Encore aujourd’hui, trop de collaborateurs ne voient pas les liens entre leur activité et les répercussions au cœur de l’organisation, constate la coach et professeure de management.

Pourtant, en mobilisant ses forces, ses centres d’intérêts et ses passions, chaque salarié, quel que soit son statut au sein de l’organisation, est capable de créer une plus grande valeur pour l’entreprise  », explique Monique Valcour.

Encore faut-il réussir à impliquer ses collaborateurs ! En mettant en place un système de feedback constructif, en tenant des réunions régulièrement pour les féliciter quand les objectifs sont atteints, ou en leur donnant par exemple la possibilité d’évoluer au sein de l’entreprise.

Qu’il soit assistant ou qu’il travaille dans un service technique ou informatique, il est donc essentiel que l’activité de chaque collaborateur soit liée à la création de la valeur.

Pour qu’un futur collaborateur se sente réellement motivé par son poste, un recruteur doit ainsi, dès l’entretien d’embauche, expliquer quel sera son rôle au sein de l’organisation et en quoi son poste sera source de création de valeur », souligne Monique Valcour.

Le collaborateur doit être associé à l’objectif de l’entreprise pour donner du sens à son travail. Si l’on estime que ce n’est pas le rôle du collaborateur et que seuls les chefs de services ont pour mission de créer de la valeur, alors l’organisation sera difficilement pérenne.

Il est essentiel de développer en ce sens une culture d’entreprise qui s’y prête, permettant de partager les responsabilités et les ressorts afin que chaque collaborateur se voit comme une sorte d’entrepreneur à part entière », ajoute pour conclure Monique Valcour.

Les profils les plus ambitieux pourront ainsi se lancer dans l’intraprenariat : un concept venu d’Outre-Manche qui permet à un collaborateur de transformer une idée qui lui tient à cœur en projet économiquement viable, tout en restant salarié au sein de son entreprise. Seule condition : que le projet soit en cohérence avec l’activité et la stratégie de l’entreprise. Parmi les intrapreneurs célèbres, on retrouve ainsi Paul Buchheit, employé de Google, qui a eu l’idée de génie de créer Gmail au début des années 2000.

Non. Seule l’entreprise est responsable des moyens engagés

Michel Albouy

C’est à l’entreprise de mettre en place un système de management et un environnement propice à cette création de valeur  »

Michel Albouy, professeur de finance à Grenoble Ecole de Management.

Pour Michel Albouy, professeur de finance à Grenoble Ecole de Management, une entreprise ne peut évidemment survivre que si elle est source de profit à long terme. Et s’il reconnaît que sans l’intervention des collaborateurs et des managers, une entreprise ne peut être compétitive, il relève de l’organisation et non de ses salariés de développer les conditions adéquates pour créer de la valeur. Pour pouvoir émerger et être pérenne, l’entreprise doit donc créer un environnement propice à cette création de valeur.

Si l’on compare des collaborateurs de même niveau, aussi motivés les uns que les autres, ils ne seront pas forcément capables de créer la même valeur sans un environnement propice et favorable », analyse le professeur de finance.

En ce sens une bonne gestion des ressources humaines constitue un élément clé de ce processus de création de valeur, mais pour être efficace, elle doit se faire à tous les niveaux de l’entreprise. Comment ? En lançant des défis motivants aux collaborateurs, en instaurant une bonne ambiance au sein de l’entreprise ou en leur accordant plus de flexibilité dans leurs horaires de travail, par exemple.

Sans oublier, qu’aujourd’hui à l’ère de la mondialisation, la création de la valeur peut difficilement se passer de l’innovation. Tous les facteurs favorables au développement de l’innovation ou encore à l’intrapreneuriat au sein de l’entreprise vont ainsi permettre d’optimiser la création de la valeur. Il est donc de la responsabilité de l’entreprise de mettre en place un environnement dans lequel les collaborateurs peuvent s’épanouir et être innovants, afin de, in fine, créer de la valeur.

L’autonomie des collaborateurs, les systèmes d’incitation et même l’environnement physique de l’entreprise sont ainsi autant de facteurs clés entre les mains des dirigeants d’entreprises favorables à la création de valeur.

C’est donc à l’entreprise de mettre en place en place un système de management et un environnement propice à cette création de valeur », conclut Michel Albouy.

___________________________________________________________________________

Réagissez !

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Vérification de sécurité * Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.