Attention, votre salaire est toxique !

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Soyons francs, gagner de l’argent, c’est agréable. Et en gagner beaucoup, ça l’est davantage. Si bien que personne n’a l’idée de refuser une petite prime lorsqu’elle se présente et encore moins une hausse de salaire à la suite, par exemple, d’une promotion. Mais voilà, avons-nous la moindre idée des conséquences qu’entraînent de telles variations de rémunération, sur nous comme sur l’équipe dans laquelle nous évoluons ?

Par Olivier Schmouker

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Continuons d’être francs, nous n’en avons aucunement conscience. Et pourtant, on devrait. Parce que votre salaire et les petites primes qui vont parfois avec sont… toxiques ! Oui, toxiques. Nombre d’études scientifiques en attestent, comme vous allez le voir.

J’ai une question pour vous. À votre avis, être mieux payé que les autres rend-il plus productif ?

Trois chercheurs de Harvard ont voulu le savoir et ont mené à cet effet une petite expérience : 540 volontaires devaient effectuer un travail fastidieux (entrer des données dans une base de données) en échange d’un peu d’argent. Ils ont été répartis dans trois groupes distincts.

  • Groupe 1 : le paiement était de 3 dollars par heure de travail.
  • Groupe 2 : le paiement était de 3 dollars par heure de travail. Toutefois… juste avant qu’ils ne se mettent au travail, les expérimentateurs les ont avisé qu’ils avaient plus d’argent que prévu, si bien qu’ils allaient les payer, en fait, 4 dollars de l’heure. Bref, on leur faisait un cadeau.
  • Groupe 3 : le paiement était de 4 dollars par heure de travail.

… Que s’est-il passé ?

D’une part, le groupe 2 s’est montré plus productif que les autres et d’autre part, le groupe 3 n’a pas été plus productif que le groupe 1.
Autrement dit, être mieux payé que les autres ne rend pas plus productif. Ce qui fait une différence, c’est le sentiment de recevoir un « cadeau ».

L’important est donc la manière dont on présente les choses : si l’on indique aux gens qu’ils sont mieux payés que les autres, ils ne vont pas redoubler d’efforts pour autant. En revanche, si on leur fait un cadeau, un petit geste de reconnaissance, là, ça change tout »

notent les trois chercheurs de Harvard dans leur étude.

Ce n’est pas tout ! Votre rémunération n’est pas seulement toxique pour votre propre productivité, mais aussi pour celle de vos collègues.

C’est ce qu’ont mis au jour trois chercheurs italiens qui se sont intéressés aux disparités salariales au sein des équipes de la Série A du Calcio, la Ligue 1 du championnat d’Italie. Des disparités phénoménales : par exemple, Daniele De Rossi, le milieu de terrain vedette de l’AS Roma, était la saison dernière le joueur le mieux payé du Calcio, à hauteur de 6,5 millions d’euros par an, tandis que le deuxième joueur le mieux payé de la même équipe, Marco Borriello, empochait, quant à lui, 3,5 millions d’euros, selon la Gazzetta Dello Sport.

Ils ont regardé si ces différences dans la rémunération avaient le moindre impact sur la performance de chaque équipe et mieux, sur celle de chaque joueur, sachant que le football présente ce charme particulier, aux yeux des chercheurs, qu’il regorge de statistiques en tous genres (le nombre de buts marqués, le nombre de passes déterminantes, etc.).

Résultats ? Accrochez-vous bien :

  • Un impact a priori négatif. Plus la disparité des salaires est élevée, plus elle a un impact négatif sur la performance globale de l’équipe, mais si et seulement si on considère exclusivement les joueurs qui jouent sur le terrain – de 11 à 14 joueurs (en fonction des remplacements en cours de match) sur la trentaine qui sont susceptibles de jouer durant la saison. Ainsi, le fait d’avoir une ou deux stars dans ses rangs fait courir le risque à l’équipe d’enregistrer une performance décevante au fil des matchs, par rapport aux attentes des dirigeants et des supporters.

Comment expliquer ce phénomène ? Eh bien, il semble que les coéquipiers des stars en question, dégoûtés au fond d’eux-mêmes de voir que ceux-ci roulent sur l’or et pas eux, se démotivent au point de sous-performer exprès.

  • Un impact qui peut devenir positif. Si l’on considère à présent l’ensemble de l’équipe, c’est-à-dire également ceux qui sont là en cas de défaillance d’un joueur titulaire, la donne change du tout au tout. En ce cas, la disparité salariale a un impact positif sur la performance globale de l’équipe.

Explication :

La vision des écarts de salaires n’est pas la même que l’on soit un joueur « actif » – l’un de ceux qui jouent sur le terrain avec les stars – ou un joueur « passif » – l’un de ceux qui font office de remplaçant. Car le passif, lui, ne ressent pas de jalousie, mais plutôt de la satisfaction de côtoyer la star : à ses yeux, il est normal que celle-ci soit mieux payée que lui, puisqu’il est la locomotive qui entraîne tous les autres vers le succès.

Par conséquent, les écarts salariaux ont un impact ambigu : ils démotivent le premier cercle entourant celui qui est mieux payé que les autres et, simultanément, motivent le deuxième cercle.

Ces résultats peuvent être élargis à d’autres domaines que le sport et en particulier au milieu du travail. Ils mettent en évidence l’importance fondamentale pour un manager de répartir les salaires de manière plus juste, si l’on souhaite enregistrer une performance optimale de la part de son équipe »

disent les trois chercheurs.

Fascinant, n’est-ce pas ?

Votre rémunération et ses éventuels extras sont bel et bien toxiques, si l’on n’y prend pas garde. Maintenant que vous en avez conscience, que convient-il de faire pour corriger le tir ? Supprimer la grille salariale ? Mettre fin à la politique d’attribution de primes ? Ou que sais-je d’autre de radical encore ? Rien de tout cela, bien entendu. Car jamais aucune décision extrême n’a porté fruits, on le sait bien. Alors ? La solution se trouve en filigrane dans les résultats des deux études ici présentées : la clé, c’est d’harmoniser la rémunération des uns et des autres. Tout simplement.

Harmoniser. C’est-à-dire rémunérer le talent à sa juste valeur, sans pour autant amener les autres à se sentir pénalisés par la star avec laquelle ils travaillent jour après jour. Et ce, en usant d’inventivité : par exemple, en offrant par surprise une prime à chaque membre d’une équipe non pas à la suite d’un bon coup, comme on le fait traditionnellement, mais juste avant qu’elle ne se mette à la tâche !

Le coup de cœur d’Olivier Schmouker
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Olivier_SchmoukerOlivier Schmouker

Olivier Schmouker est chroniqueur et blogueur au journal économique québécois « Les affaires ». Il est aussi conférencier et auteur du best-seller « Le Cheval et l’Âne au bureau » (Éd. Transcontinental, 2013), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Durant quatre années, il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence en management au Québec.

Son blogue «En Tête»
http://www.lesaffaires.com/blogues/olivier-schmouker

Son groupe Facebook
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Son compte Twitter
@OSchmouker

 

3 commentaires

  1. Il faut dire cela au plombier qui gagne mieux que les cadres et qui coûtent cher lorsqu’on fait appelle à eux

  2. Pour commencer, Il serait temps de remettre les choses en place. Déjà, les footballeurs sont hyper surpayés (pour ce qu’ils font). même si ce sont des stars du ballon, ça ne mérite pas tout ce fric. A croire que ca sert à blanchir de l’argent, pendant que le lambda se démène 7 ou 8 heures par jour, 7 jours par semaine etc…
    les plus gros salaires (gros dirigeants ou autres) ne devraient pas dépasser 10 fois le smic.
    Ca permettrait peut etre pour certains de redescendre sur terre.
    Quand votre employeur est tout fier de vous envoyer une lettre disant que vous etes augmenté de 0,01 %, (je n’ai rien vu sur ma fiche de paye), il y a de quoi se demander si il se fout pas de vous.

    1. ils sont bien payés certes, mais ils ne vont tout de même pas refusé ce que leurs dirigeants leur proposent… Et finalement comme pour tous travailleurs, ce qu’ils gagnent n’est qu’une petite partie de ce qu’ils rapportent…

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