Bien gagner sa vie ou s’épanouir pleinement professionnellement ?

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dossier-nl8A une époque où le sens du travail n’a jamais été autant au centre des préoccupations, nombreux sont ceux à opter pour des professions qui respectent leurs aspirations personnelles.

Quels sont ces individus qui sacrifient l’ambition salariale au profit de leur croyance ? Qu’est-ce qui les pousse à privilégier la qualité d’un travail en accord avec leur désir d’accomplissement ? Doit-on vraiment opposer salaire et passion ?

D’après le Nobel d’économie Angus Deaton, l’argent serait source de bonheur jusqu’à 65 000 euros par foyer et par an. Ensuite ? Les sommes supplémentaires n’amélioreraient plus la capacité des individus à réaliser ce qui compte vraiment pour eux comme le bien-être émotionnel qui se traduit par passer du temps avec ceux qui nous sont chers, éviter la douleur de la maladie ou encore, profiter des loisirs. Preuve que pour se réaliser pleinement, l’argent n’est pas une fin en soi. Dès lors, faut-il s’acharner à perdre sa vie à la gagner ou penser d’abord à s’épanouir pleinement dans une activité ?

Une quête de réalisation de soi

Ils sont maîtres-chiens, ébénistes, professeurs des écoles, costumiers, gardes forestiers… Pour eux, prime avant tout le désir d’exercer un métier qui fait sens. Derrière ces aspirants à la quête de la réalisation de soi se cachent aussi bien des entrepreneurs qui décident de réaliser un projet perturbant, souvent, l’équilibre personnel ou familial. Il y a également des salariés comme les enseignants, infirmiers, médecins du public ou bien des militaires qui choisissent un travail à caractère « vocationnel » en sachant bien que leur rémunération sera parfois peu élevée en comparaison d’autres métiers.

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Philippe Laurent

Les artistes, dont très peu percent au point de vivre très confortablement. Ils s’épanouissent dans et par la création. C’est ce qui donne sens à leur vie et les rend heureux. La difficulté qui leur est propre c’est le côté très intermittent, même si un emploi dure rarement à vie aujourd’hui ».

témoigne Philippe Laurent, conférencier et formateur spécialiste du bonheur au travail :

Le salaire n’est pas la seule forme de reconnaissance

Satisfaction de contribuer davantage au bien-être des autres et de leur environnement comme pour les professionnels œuvrant dans le milieu humanitaire, amoureux de la cuisine ou du jardinage, désir de transmettre… Le salaire n’est pas la seule forme de reconnaissance. Pouvoir attribuer du sens à son action ou s’identifier à des résultats s’avère ainsi tout aussi gratifiant.

Comme l’indique Philippe Laurent :

D’autres décident de faire passer la qualité de vie personnelle devant un meilleur salaire après avoir fait l’expérience d’un travail tellement acharné qu’ils y sacrifiaient leur vie. Ils ont pris conscience de ce qu’il y a de plus essentiel pour eux ».

Une situation tenable à long terme ?

A long terme, il n’apparaît pas toujours évident de tenir une activité fondée sur la passion sans un minimum de retour sur investissement. Les scientifiques comme les artistes ont ainsi souvent des emplois d’enseignants, un système pour se couvrir du risque par un emploi sûr. Les entrepreneurs connaissent eux un mécanisme qui met à l’épreuve la motivation et la passion à savoir, le fort risque d’échec comme le démontrent les statistiques de l’INSEE sur le taux d’échec à 5 ans.

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Pierre Michel Menger

Pour Pierre-Michel Menger, professeur au Collège de France :

Il serait naïf de faire de celui qui célèbre le don de soi sans contrepartie le comble du professionnel passionné. S’il veut développer son activité professionnelle, quelqu’un qui commence par le goût de faire des choses par passion doit évoluer, gérer les contraintes, apprendre les règles de la compétition… Sinon, il est balayé ».

Passion et considérations financières ne sont pas contradictoires

D’autant que choisir un travail en phase avec sa personnalité ne signifie pas forcément renoncer à en tirer un salaire à la fois juste et valorisant.

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Ronan Chastellier

Le sociologue et président de Tendanço, Ronan Chastellier, met même en garde contre l’opposition des deux notions.

Elles ne sont pas inconciliables. Au contraire. C’est un automatisme un peu factice et typiquement français d’opposer passion et argent. Il faudrait répandre l’idée qu’il est souhaitable d’avoir les deux. Sinon au bout du compte, n’importe quelle activité peut s’avérer assez peu satisfaisante, frustrante. Sauf, bien sûr, si c’est un sacerdoce… Par ailleurs des gens très passionnés sont souvent plus riches. A l’inverse, des personnes peu passionnées sont rarement riches… »

La réalisation de soi peut aussi passer par une autre alternative : une reconversion multiple et continue qui consisterait à embrasser plusieurs vies professionnelles. Même si celle-ci paraît plus difficile à réaliser en France que dans d’autres pays, notamment chez les anglo-saxons,

Le salarié qui se réincarne possédera une ouverture d’esprit autre que celui qui fera toujours le même métier »

conclut Ronan Chastellier.

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