Sur quelles compétences devriez-vous miser ?

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A l’ère du numérique et la globalisation, l’évolution des compétences est un enjeu considérable pour l’entreprise. Mais comment définir et gérer ces compétences dans un monde en perpétuelle transformation ?

Trois experts livrent leurs clés pour y voir plus clair.

L’avènement des soft skills

Les soft skills (ou compétences relationnelles) sont la nouvelle coqueluche des entreprises. Mais quelle place occupent-elles réellement ?

Des compétences incontournables

Emmanuelle Léon et Cécile Dejoux

Un manager doit absolument savoir prendre des décisions, motiver ses collaborateurs, et développer les talents »,

rappelle Cécile Dejoux, professeure des universités au CNAM Paris et co-auteure avec Emmanuelle Léon de l’ouvrage Métamorphose des managers… : à l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle (Pearson, 2018).

Mais aujourd’hui cela ne suffit plus, constate la spécialiste du management et des RH ; il faut également acquérir un socle de 5 compétences clés:

  • Compétences numériques : stocker et partager une information issue du Web, mesurer son influence, etc.
  • Compétences d’agilité : travailler avec d’autres méthodes, rapidement, sous forme d’itérations, être dans une logique de test and learn et de feedback permanent.
  • Compétences d’innovation : grâce notamment aux « méthodes de design thinking qui sollicitent l’observation et l’empathie afin de développer de nouvelles façons d’agir et de penser », souligne Cécile Dejoux.
  • Compétences de collaboration : réapprendre à travailler avec les autres, aussi bien en présentiel qu’à distance.
  • Compétences liées à l’intelligence artificielle : savoir interagir avec l’IA mais aussi acculturer ses collaborateurs à cette dernière.

Un mélange de compétences à la fois techniques et humaines est donc requis. Mais ce sont toutefois les soft skills qui viennent huiler de façon déterminante les rouages de l’entreprise moderne.

Edouard Brisson

La culture client, aussi bien en externe qu’à l’interne, est un aspect primordial »

observe Edouard Brisson, responsable de programmes et solutions sur mesure pour les entreprises chez Audencia Business School.

Il faut donc développer plusieurs compétences et qualités : la bienveillance, l’empathie, l’écoute, le questionnement, la reformulation… Cela suppose aussi de savoir prendre du recul vis-à-vis des processus afin de ne pas être freiné par des fonctionnements administratifs trop rigides. »

Une révolution dans l’entreprise

Ces nouvelles valeurs constituent, pour beaucoup, une véritable révolution par rapport aux compétences de l’entreprise traditionnelle.

« Le plus gros bouleversement », estime Cécile Dejoux, « c’est de changer d’état d’esprit. Accepter que ce qui a fonctionné hier n’est plus valable aujourd’hui. »

Autre nouveauté, la transversalité.

« Avant, l’entreprise fonctionnait en silo, l’organisation était très pyramidale, avec une forte hiérarchie », explique Edouard Brisson. « Désormais, on favorise les organisations plus souples, afin de communiquer plus facilement. Une entreprise où les compétences favorisant la transversalité sont fortes est plus performante. »

Selon lui, les managers doivent également développer certaines compétences liées aux enjeux de l’époque :

  • Le télétravail : apprendre à diriger des équipes à distance, en développant notamment sa capacité à déléguer.
  • L’intergénérationnel : « les jeunes nés avec le digital n’ont pas les mêmes référents ni la même façon de travailler que des quadragénaires, ce qui constitue un défi pour certains managers. Ces derniers doivent apprendre à s’adapter plutôt que d’imposer leur modèle. »
  • L’interculturel : développer des compétences spécifiques pour éviter les imprécisions et les impairs, aussi bien au niveau d’une langue étrangère que des différences culturelles.

Expertise ou pluridisciplinarité ?

Toutes ces tendances mettent en exergue une autre nouveauté au sein de l’entreprise : la valorisation de la pluridisciplinarité.

Pendant longtemps, les compétences des managers étaient évaluées à l’aune de leur expertise dans un domaine précis », rappelle Emmanuelle Léon. « C’était souvent le meilleur expert qui devenait manager d’une équipe »,

et ce même en l’absence totale de soft skills. Une tendance qui créait plusieurs problèmes -notamment sur le plan de la légitimité- et tend aujourd’hui à s’inverser.

La pluridisciplinarité : un atout

Pour Emmanuelle Léon, valoriser la pluridisciplinarité –compétence rassurante dans un monde du travail changeant et incertain- est donc tout à fait naturel.

Rien de plus dangereux qu’une armée de managers formés de la même manière, réfléchissant de la même manière, et analysant les problèmes toujours sous le même angle. Aujourd’hui le pluridisciplinaire s’impose comme s’imposait auparavant l’expertise. Encore faut-il trouver des managers en capacité de se mettre au service de différentes disciplines et de les articuler les unes avec les autres », ajoute-t-elle.

L’expertise indétrônable

Que les experts se rassurent toutefois : il y a encore bel et bien de la place pour eux au sein de l’entreprise.

L’erreur est de croire qu’il ne faut être que pluridisciplinaire. On ne sera jamais reconnu et toujours sous-payé ! » nuance Cécile Dejoux.

Il faut donc être expert et pluridisciplinaire ; spécialiste d’un domaine tout en cherchant l’inspiration ailleurs.
Mais comment définir l’expertise à l’ère du numérique ?

Aujourd’hui avec Internet l’expertise est partout, donc l’expert n’est plus tant celui qui sait, que celui qui sait trouver rapidement la bonne information », en s’aidant notamment de l’intelligence artificielle.

Quelles compétences pour demain?

Acquérir une multitude de compétences tout en conservant équilibre et adaptabilité… une véritable gageure ! C’est pourquoi la question de la transmission est capitale dans l’évolution d’une entreprise à long terme.

Comment développer et transmettre des compétences durables ?

Cécile Dejoux prône la mixité des méthodes pédagogiques. Selon elle, il faut pouvoir compter sur les méthodes données par l’entreprise (conférences, « vis ma vie »…) mais aussi les conjuguer avec une appétence personnelle pour l’apprentissage ainsi qu’une capacité à réutiliser des éléments glanés dans des contextes différents. Partisane des outils numériques, elle a notamment créé des MOOC à cet effet, Manager augmenté par l’IA ? et Du manager agile au leader designer.
Familier des formations sur mesure, Edouard Brisson plébiscite lui aussi les outils mixtes et digitaux :

On met en place des systèmes de suivi, de tutorat, des prestations de coaching après la formation. Et le mobile learning, soit les sessions de formation sur téléphone mobile, remportent un franc succès auprès de toutes les générations. »

S’adapter aux enjeux d’avenir

L’innovation est le maître-mot de l’entreprise du futur. Pour Edouard Brisson,

Une entreprise qui ne se renouvelle pas est une entreprise qui va mourir. Et l’innovation passe aussi par le développement de la créativité de chacun.»

Un exemple de compétence à acquérir ? La prospective.

Comment anticiper les besoins de mon marché pour demain ? Quels sont les nouveaux modèles économiques que je peux développer en essayant d’avoir un coup d’avance ? Un manager visionnaire est capable, dans la mesure du possible, d’entrevoir le business de demain » rappelle l’expert en formation.

Enfin, les soft skills continueront à représenter un atout majeur.

« Le manager de demain, s’il continue à manager ‘à l’ancienne’, c’est-à-dire de façon très hiérarchique et autoritaire, est voué à l’échec », avertit Edouard Brisson. « Il faudra de plus en plus s’inspirer des outils de coaching pour les réadapter dans les pratiques managériales, afin d’être en phase avec les nouvelles générations. »

 

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