Hommes-femmes : les inégalités ont la peau dure au travail

Les femmes n’ont pas la vie professionnelle facile. Dans l’entreprise, comme dans la fonction publique, la question de la parité est loin d’être réglée. Les hommes monopolisent toujours les postes à responsabilité et restent souvent mieux payés, quel que soit le niveau hiérarchique.

Les Françaises sont de plus en plus qualifiées. 85 % ont un diplôme équivalent au baccalauréat, 63 % un niveau bac+2.
Les Françaises sont aussi de plus en plus nombreuses à travailler. Leur taux d’activité est passé de 60 % en 1975 à 84 % en 2009.
Quant à leur taux de chômage, il tend à se rapprocher de celui des hommes.

Oui, mais voilà. En mars 2012, à poste égal, les femmes gagnent toujours moins que leurs collègues masculins.

A-M-Daune-RichardÀ compétences identiques, elles ont toujours moins de responsabilités.
Et elles subissent davantage la précarité de l’emploi.

Beaucoup d’avancées ont été accomplies durant les années 1995 à 2000. Depuis, le soufflé est retombé », observe la sociologue Anne-Marie Daune-Richard, spécialiste de la division sexuelle du travail.

« La question n’intéresse pas les Français en général, ni les pouvoirs publics, ni les entreprises, ni les syndicats, qui ont d’autres priorités en temps de crise », regrette la chercheuse retraitée du CNRS.

La seule chose qui a progressé, ce sont les inégalités », déplore la fondatrice du Laboratoire de l’égalitéOlga Trostiansky.

Les écarts persistent

Tous temps de travail confondus, les femmes touchent 27 % de salaire de moins que les hommes, selon l’Observatoire des inégalités. La rémunération nette de ces derniers était, en moyenne, de 2 221 € en 2009, contre 1 777 € pour les femmes. Soit un écart de 445 €, presque un demi-Smic.

En se limitant aux temps complets, le décalage atteint 19 %. A poste et niveau de qualification équivalents, les salariées gagnent 10 % de moins que leurs homologues masculins, les inégalités les plus fortes se trouvant chez les cadres, avec une différence allant jusqu’à 30,7 %.

Olga-TrostianskyCes écarts s’expliquent notamment par l’importance du temps partiel féminin. Sur les 5 millions de Français travaillant moins de 35h par semaine, 80 % sont des femmes. Ils viennent aussi du fait que les travailleuses exercent moins de responsabilités.

Une récente étude du cabinet Deloitte sur les effectifs des entreprises du CAC 40 montre que les femmes n’occupent que 7,5 % des postes de direction où se prennent les décisions opérationnelles et stratégiques.

Il existe un plafond de verre qui entrave leur carrière et restreint leur évolution dans la hiérarchie », indique Anne-Marie Daune-Richard.

Résultat, au moment de la retraite, « les écarts sont extravagants », juge Olga Trostiansky. Parce qu’elles cotisent moins en durée et en volume, les femmes perçoivent, en moyenne, une pension inférieure de 600 € à celle des hommes. « Il faut surtout signaler leur plus grande précarité», insiste-t-elle. Près de 67 % des bénéficiaires du minimum vieillesse appartiennent en effet à la gent féminine.

Volontarisme

Malgré ce sombre tableau statistique, la porte-parole du Laboratoire de l’égalité constate néanmoins que « des entreprises s’activent » sur le sujet, « car elles considèrent que l’égalité homme-femme peut être un atout pour leur performance économique. ».


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OrangeL’Oréal, le Groupe Randstad France, le Crédit AgricoleIBM ou encore Groupama, ont fait de la diversité et de l’égalité professionnelle entre femmes et hommes des axes stratégiques de leur politique RH.

Anne-Sophie-BeraudLe cabinet de conseil Accenture a pris les devants depuis dix ans avec le programme « Accent sur Elles ».

L’objectif est de recruter plus de femmes, de les faire monter en haut de la pyramide et de faire en sorte qu’elles soient épanouies dans leur travail », résume la , Anne-Sophie Béraud.

« On ne veut simplement pas se priver de la moitié des talents », ajoute-t-elle.

Concrètement, « Accent sur Elles » se traduit par un suivi drastique du « mix-recrutement », des promotions et des évolutions salariales dans l’entreprise.

« Les dirigeants sont en première ligne. Ils doivent s’impliquer », signale l’animatrice du programme, considérant que « ce leadership est indispensable » pour faire avancer les choses à tous les niveaux.

Accenture s’est dans le même temps engagé à bannir le temps partiel subi, tout en favorisant le télétravail. Le cabinet encourage aussi les congés paternité.

« Plus le père est présent dans la vie de famille, plus il libère la femme de son rôle de maman à tout faire », estime Anne-Sophie Béraud, consciente que les mentalités doivent évoluer.

« Nous vivons dans une société globalement inégalitaire qui reproduit des schémas sexistes, et ce dès l’école », convient Anne-Marie Daune-Richard, soulignant que la question de l’égalité, en général, n’est pas un « enjeu pris à bras le corps par la société tout entière ».

Egalité H/F, Rémunération

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