Idylle au bureau : les managers ont-ils leur mot à dire ?

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Lieu de rencontre par excellence, toute entreprise est susceptible de voir fleurir en son sein une relation amoureuse.
Qu’elle soit considérée comme une chance ou une menace pour la performance, elle est protégée par la loi.

Dès lors, de quelle marge de manœuvre un manager dispose-t-il pour fixer des limites, et faire que cette idylle, plutôt que de nuire à l’équipe, lui communique son enthousiasme ?

Deux experts nous livrent leur point de vue.

OUI, Plutôt que des secrets, des règles claires

Certes, un manager n’a pas le droit de s’immiscer dans la vie privée de ses salariés, « mais cela ne l’empêche pas de jouer pleinement son rôle de médiateur« , estime Caroline Carlicchi, fondatrice de Coaching Go.

Caroline Carlicchi

Caroline Carlicchi

Garant de l’efficacité de son équipe, c’est à lui de prévenir les conflits, de maintenir la confiance et d’améliorer la communication au sein de l’équipe.

Alors, dans le cas d’une relation amoureuse, le conseil de Caroline Carlicchi est clair : « Interférer, non, mais poser un cadre, oui ! »

« Lorsqu’un couple se forme, inutile de se voiler la face et de faire comme si de rien n’était, plaide-t-elle. Les non-dits ne génèrent que des problèmes, à commencer par un manque de confiance qui peut s’avérer extrêmement contre-productif. »

Son conseil, c’est donc d’en parler le plus tôt possible, et d’établir une sorte de contrat avec les intéressés.

Première question à régler :

Si le couple travaille dans le même bureau, souhaite-t-il continuer à le faire, ou au contraire changer d’espace, voire de service ? Il faut discuter concrètement des options possibles. »

La deuxième est celle des conflits d’intérêts : « Le manager doit être particulièrement attentif à ce que les activités de ces deux personnes n’entrent pas en collision, ou qu’ils ne puissent être, à tort ou à raison, accusés de favoritisme.  »

Troisième élément du « cadre » proposé par Caroline Carlicchi, la discrétion. Car « c’est aussi au couple de se montrer vigilant et de ne pas commencer à former un bloc face aux autres collègues. »

Une fois ces clarifications apportées, l’idylle peut se poursuivre en toute liberté et même, selon Caroline Carlicchi, « apporter des éléments très positifs au reste de l’équipe, enthousiasme, dynamisme, plus de simplicité dans les échanges… »

La fondatrice de Coaching Go pointe même des études scientifiques sur le sujet, qui listent les différentes hormones générées par l’amour, et dont les effets peuvent aussi s’appliquer au cadre professionnel. « La testostérone pousse à l’action, l’ocytocine favorise le lien social, l’endorphine génère du plaisir, de la motivation, la dopamine pousse à atteindre ses objectifs… »

Mais pour notre coach, nul besoin de rentrer dans ces détails physiologiques pour comprendre l’élément essentiel : « Des salariés épanouis dans leur vie personnelle, c’est de toute façon un atout de créativité et de productivité pour l’entreprise. »

NON, La vie privée, un élément sacré

Dans le cas d’une relation amoureuse entre deux collègues, le principe est clair, du moins sur le plan juridique : c’est celui du droit à la vie privée des salariés.

Arnaud Blanc de la Naulte

Arnaud Blanc de la Naulte

« Ce droit s’applique aussi bien à une relation sentimentale qu’aux vêtements que vous portez, sous certaines conditions, et à tout ce qui peut avoir un lien avec la vie privée dans l’entreprise » explique Arnaud Blanc de la Naulte, associé du cabinet juridique NMCG – Avocats associés.

Pour un manager, donc, une certitude : « Il est interdit d’interdire, ou de s’immiscer dans une relation personnelle. »

La question de la vie privée a aujourd’hui bien plus de poids qu’autrefois, estime Arnaud Blanc de la Naulte :

« Par le passé, il pouvait arriver qu’un directeur interdise les relations sentimentales entre ses employés. A présent, c’est presque inimaginable. »

Ce changement de culture managériale s’explique par l’évolution de la société, « cela ne sert à rien de nier qu’il y a des couples au bureau, il y en a d’ailleurs de plus en plus », mais aussi les évolutions légales.

En effet, comme le rappelle l’associé de NMCG – Avocats :

En cherchant à empêcher les couples, de manière directe ou voilée, le manager sort de son rôle, et s’expose au risque d’être accusé notamment de discrimination si, plus tard, un contentieux survient. »

La direction d’une entreprise n’a donc son mot à dire qu’en cas d’acte clairement anti-professionnel occasionné par l’union des deux tourtereaux. « Si l’un des deux agresse un autre collègue par crise de jalousie, ou si le couple s’échange des photos et vidéos volumineuses sur le serveur de l’entreprise, voire à caractère pornographique, le manager peut évidemment intervenir » précise Arnaud Blanc de la Naulte.

Quand de tels cas ne se produisent pas, la marge de manœuvre du manager est mince. « Son rôle doit se borner à l’intérêt de l’entreprise. Si la relation n’entraîne aucune baisse de performance, il n’est pas nécessairement opportun qu’il s’en mêle. Si au contraire il observe de moins bons résultats qu’auparavant, il peut séparer physiquement le couple, en changeant l’un des deux de bureau, par exemple. »

Les litiges au sujet de couples en entreprise demeurent rarissimes, comme le précise Arnaud Blanc de la Naulte :
« Les managers, les salariés, et même les tribunaux savent bien qu’il est naturel que des sentiments se créent dans une équipe. Chacun doit n’avoir qu’un principe en tête : agir en professionnel. »

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