La France doit-elle craindre la fuite des talents à l’étranger ?

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Que ce soit par attrait du voyage, l’envie d’enrichir son CV ou sa connaissance du monde, les Français sont de plus en plus nombreux à faire le choix de l’expatriation. Selon une étude Linkedin publiée en août 2015, la France arriverait ainsi en bas de la liste des 20 pays présentant la plus forte attractivité migratoire et enregistrerait même plus de départs que d’arrivées.

Que démontre ce phénomène vis à vis de la société française ? Doit-elle désormais craindre la fuite de ses talents à l’étranger ?

Deux experts ont accepté de se pencher sur cette question cruciale et de confronter leur point de vue.

Oui. Des jeunes diplômés reconnus

debat-oui-NL#1-2016-480

Jean-Luc Biacabe

Cette perspective de départs doit être avant tout considérée comme une reconnaissance de notre système d’enseignement supérieur »

Jean-Luc Biacabe, directeur des politiques économiques de la CCI de Paris et auteur du livre L’expatriation des français, quelle réalité ?

Pour Jean-Luc Biacabe, directeur des politiques économiques de la CCI de Paris, cette crainte de la fuite des talents résume avant tout la crise de confiance que traverse la France depuis quelques années.

Cette problématique s’est notamment cristallisée au moment de la loi de finances 2012-2013 lorsque le coup de massue fiscal a provoqué des annonces spectaculaires de départ de quelques milliardaires français »

rappelle-t-il.

Mais, alors que ce sujet véhicule beaucoup d’angoisses dans une France déjà morose, faut-il réellement s’inquiéter du départ de nos cerveaux ?

« Non, répond Jean-Luc Biacabe, car cette perspective de départs doit être avant tout considérée comme une reconnaissance de notre système d’enseignement supérieur».

Le fait que les diplômés français soient réclamés dans d’autres pays met en effet en évidence que le système français est reconnu de qualité, qu’il est bien placé dans les standards internationaux et que les jeunes diplômés qui en sortent sont compétitifs et peuvent parfaitement exister sur le marché mondial des talents.

De plus, il faut rappeler que cette tendance à l’expatriation n’est pas un mouvement franco-français, mais bien général.

L’ensemble des pays sont aujourd’hui confrontés à cette compétition des talents »

Et si la France exporte ses talents, elle voit également beaucoup d’étudiants étrangers venir en France. L’attractivité est donc toujours présente.

Ce besoin d’expatriation n’est pas inquiétant pour Jean-Luc Biacabe, il est même devenu aujourd’hui une étape indispensable pour les jeunes diplômés.

Dans un contexte de mondialisation, une entreprise préférera en effet un CV avec une expertise internationale »

souligne-t-il. Un parcours à l’étranger permet, non seulement d’ouvrir son esprit, de maîtriser une langue étrangère, mais aussi d’acquérir une expérience professionnelle beaucoup plus riche.

La problématique aujourd’hui ne réside pas dans le départ de ces talents à l’étranger, mais bien dans leur éventuel retour pour que la France puisse bénéficier de cette expérience internationale »

analyse le directeur des politiques économiques de la CCI de Paris. Et de conclure :

Il faut que la France soit désormais capable de développer un sentiment diasporique afin que les Français de l’étranger soient les premiers ambassadeurs de leur pays dans la compétition internationale ».

Non. Un manque d’attractivité

debat-non-NL#1-2016-480

Bruno Sire

Non seulement, la France laisse partir une partie de son élite intellectuelle qu’elle est ensuite incapable de faire revenir, mais elle est de moins en moins en mesure d’attirer les intellectuels issus d’autres pays »

Bruno Sire, président de l’Université de Toulouse 1 Capitole.

Depuis tout temps, un pays ne peut rayonner intellectuellement que s’il est capable d’agréger et d’attirer les meilleurs talents »

analyse en préambule Bruno Sire, président de l’Université de Toulouse 1 Capitole.

Pour ce dernier,

les meilleurs talents représentent une poignée d’individus possédant une capacité intellectuelle telle, qu’ils sont capables de catalyser autour d’eux un certain nombre d’éléments permettant de mettre en place des avancées scientifiques et des innovations ».

Aujourd’hui, la France doit craindre la fuite de ses talents car elle n’est plus attractive.

Non seulement, elle laisse partir une partie de son élite intellectuelle qu’elle est ensuite incapable de faire revenir, mais elle est de moins en moins en mesure d’attirer les intellectuels issus d’autres pays. »

Pour le président de l’Université de Toulouse Capitole, il est donc urgent d’inverser cette tendance.

Mais pourquoi la France est-elle devenue si peu attractive ?

Pour Bruno Sire,

il n’y a pas une seule explication, mais plutôt plusieurs raisons qui se conjuguent ».

En premier lieu, la France est beaucoup trop engluée dans ses problèmes administratifs et manque de souplesse lorsqu’il s’agit d’apporter des réponses claires en termes de statut par exemple.

lorsqu’un chercheur français a cumulé des plans de retraite par capitalisation après une quinzaine d’années passées en Amérique du Nord ou en Angleterre, la France est incapable de lui proposer autre chose qu’un statut de fonctionnaire lorsque ce dernier décide de revenir dans son pays »

met en avant le président de l’Université de Toulouse.

Difficile de lutter alors dans de telles conditions !

La question du salaire et des avantages offerts devrait également être mieux prise en considération. Aujourd’hui, il est essentiel que la France se donne les moyens de redorer son blason international. Au sein des universités, par exemple, des solutions existent pour retenir les talents : « en assouplissant le système de charge des cours » ou « en créant une véritable communauté internationale »

3 commentaires

  1. Oui il faut craindre et l’accepté. C’est le resultat des politiciens et politique qui joue au monarchy ici. On ne veut plus de ces gens. Franchement il faire RIEN pour nous. S’il ne degage pas, la choix de nos enfants de partir et faire un belle vie et fortune hors France reste la seule option. Sinon on reste les esclaves sur imposé et msl gouverné par un minorité d’alternance pas digne de ce pays.

    1. je suis d’accord. la quantité de petits monarques administratifs tuent dans l’oeuf toutes initiatives individuelles. Les lois ne sont plus contournables et surtout elles offrent la possibilités de SPOLIER des biens particuliers ou de saboter sans possibilité de recours, idem pour des projets, pour se les approprier ou le refiler à « des amis ».
      Au nom de projets mis en place en catimini et avec de pseudo concertations.Les projets des particuliers sont refusés, rejetées. L’initiative individuelle qui est source de richesse : basta!
      Vive la ville, les communauté d’agglo, les départements les régions, l’état, l’Europe et les taxes qui vont avec. Des mandats pléthores à durée plus qu’indéterminée où l’on se fixe en premier son propre salaire… , des retraites à faire pâlir le commun de citoyens pardon « esclaves » de cette financocratie . Pas étonnant que ceux qui le peuvent partent ne viennent dans ce pays que ceux qui se contentent de vivre petitement. Quand un équilibre est rompu tout se casse « la figure »

  2. Oui il y a une fuite de jeunes étudiants, oui il y a une grande attractivité pour l’étranger et la France ne fait rien pour les encourager à revenir !!!!
    Vous savez que loi de santé du 1 janvier 2016 exclu tout étudiant français parti pour des études a l’étranger de couverture sanitaire c à d pas de carte vital pas de prise en charge par la sécurité sociale et ne pourrons plus se soigner quand ils rentrent en vacances
    et ne sont plus « ayant droit » ils sont livrés à eux-mêmes
    Je trouve que c ‘est scandaleux !!!!!!!

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