L’arbitre manager doit-il relever toutes les fautes ?

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Un manager, c’est un peu le coach de l’équipe. C’est celui qui accompagne ses collaborateurs pour atteindre des résultats. Comme dans une équipe de foot, il faut les motiver, les guider, les coacher… mais faut-il qu’il enfile le maillot d’arbitre et qu’il relève toutes les fautes ? Mettre des cartons rouges à tout va pourrait être aussi contreproductif que de fermer les yeux sur chaque faute. Cela aussi bien pour la performance, que pour la cohésion de l’équipe ou la motivation des coéquipiers. Quel est le juste milieu ?

Des experts se sont penchés sur la question et se renvoient la balle.

Oui, il faut relever les fautes pour avancer

Gilles Séro

L’exigence est indispensable pour manager les gens. Ce qui mène au succès n’est pas l’exigence sur les résultats mais sur les moyens. Il faut relever les fautes des collaborateurs non pas pour critiquer mais pour avancer »

analyse Gilles Séro, conférencier qui a fait ses armes dans l’univers du sport de haut niveau et auteur du livre « Gagner, 1er sinon rien ».

Pour Gille Séro, cette exigence bénéficie à la fois au collaborateur qui va monter en compétence mais aussi à l’équipe qui en sera plus performante.

Si le manager estime avoir créé les conditions pour qu’un collaborateur soit performant et que les résultats ne sont pas atteints pour autant, il faut chercher à comprendre pourquoi et provoquer une prise de conscience. Celle-ci le fera rebondir. Le résultat n’est qu’une conséquence. Le plus important c’est la qualité du travail. Si jamais la faute découle du fait qu’un salarié n’est pas engagé, volontaire ou qu’il ne respecte pas les grandes règles de son métier, oui la sanction est évidente et doit lui permettre de changer de comportement. »

Gilles Séro ajoute :

A partir du moment où la sanction s’explique par du factuel, il n’y a aucun problème. Les collaborateurs savent quand ils ont commis un erreur. La règle c’est d’être factuel, juste et cohérent », explique-t-il.

Et cette cohérence est essentielle pour cet expert de la performance qui estime que pour être un bon manager, il faut d’abord se manager soi-même.

Un management performant est d’abord celui d’un manager qui est cohérent avec lui-même et donc avec les autres. Manager, c’est d’abord se manager ! Il faut également qu’il s’adapte aux différents profils. Certains ont besoin d’autonomie, d’autres de directivité, d’autres de réassurance… Le but c’est de connaître ses collaborateurs pour adapter un style de management Ad hoc » conclut-il.

Non, cela peut nuire à la motivation du collaborateur

Même s’il faut différencier la faute de l’erreur pour Véronique Messager, Coach professionnel, certifiée HEC et auteure du guide « Coacher une équipe agile » aux éditions Eyrolles

Véronique Messager

Une faute est un manquement à une règle ou une norme. Une erreur est plutôt un défaut de jugement ou d’appréciation, donc involontaire, a priori.  Ainsi, une faute peut être sanctionnée, une erreur doit être relevée mais dans le but de ne pas la reproduire. Autrement dit, une erreur commise plusieurs fois, de la même façon par la même personne, devient soit un manque de compétence soit une faute », nuance Véronique Messager.

Et pour maintenir la motivation d’une équipe, il faut savoir cultiver le feedback, aussi bien positif que négatif, ce qui est un élément important du management selon Véronique Messager. D’autant qu’en se montrant trop exigeant, le manager risque de démotiver ses troupes…

Qui dit feedback, dit aussi relever les bonnes performances et savoir féliciter sur une nouvelle initiative, quel que soit le résultat. Si on ne relève que les erreurs, on peut anéantir toute volonté de l’autre de s’améliorer ou d’innover dans sa pratique quotidienne »

Pour Véronique Messager,

Relever l’erreur doit avoir comme objectif de faire progresser chaque collaborateur ou son équipe. En relevant l’erreur ou plutôt en faisant relever l’erreur par le collaborateur lui-même ou l’équipe elle-même, le manager vise la mise en responsabilité. D’autant plus que l’erreur est le fondement de l’innovation et la créativité. Il faut accepter le droit à l’erreur ».

L’exercice pour le manager n’est pas forcément facile. Et il faudra alors trouver le juste équilibre afin de développer l’esprit critique de ses équipes, les challenger et les motiver tout en les responsabilisant sur les risques à prendre.

 

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