L’élégance relationnelle : redonner l’envie de manager

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Les cadres veulent de moins en moins manager et elle se comprend, cette désaffection pour une fonction qui ne fait plus rêver, faute de déboucher sur des prairies professionnelles verdoyantes de sens et de possibilités.

Par Sylvaine-Pascual

Sylvaine Pascual

Management : n’en jetez plus

Car manager, ce n’est pas exactement un dimanche au bord de l’eau. On en parlait déjà il y a presque 10 ans, de ces cadres (dés)abusés, rendus corvéables à merci par le forfait jour, manquant de formation, de reconnaissance, isolés, stressés et dans l’incapacité de déconnecter.

Et bien ça ne s’est pas arrangé !

A la surcharge de travail, de moins en moins perçue comme le symbole de sa propre importance, et la rigidité de l’organisation se sont ajoutées :

  • La délocalisation de la réflexion qui incombe aujourd’hui à des cabinets de consulting – pas de bol pour ceux qui espéraient encore utiliser leur tête bien faite.
  • La convivialité et la bienveillance utilitaristes et/ou perverties – comme cette imposture mielleuse où l’on explique à quelqu’un que si on le vire, c’est pour son bien et que les échecs, c’est une vraie chance, ce qui n’a, disons-le, strictement rien de bienveillant.

Les discours de l’idéologie managériale

D’autre part, l’idéologie managériale se drape dans des discours maquillés : une couche de couleur et hop ! La cosmétique sémantique dissimule la réalité et augmente le malaise des cadres. Ainsi le manager d’aujourd’hui doit être un intrapreneur au leadership charismatique et innovant, motivateur « agile » donneur de sens, pétri d’intelligence émotionnelle et mâtiné de neuro-blabla, garant de la performance et blindé de soft skills dans lesquels on confond souvent compétence et trait de personnalité. Tout en étant biberonné aux icônes à la personnalité souvent écrasante, glorifiées jusqu’à plus soif. Tout ça pour finir englué dans la gestion, le flicage, le reporting, le faire toujours plus avec toujours moins, alors qu’il veut utiliser son cerveau pour contribuer à autre chose qu’un néo-taylorisme financier. Car la super génuflexion face aux super comportements des super héros du leadership moderne nous éloigne de nous-mêmes et de notre désir d’humanité.

Ça fait beaucoup d’enclumes et de marteaux.

Alors n’en jetez plus, entre non sens, déplaisir et explosion des burn-outs, les cadres rejettent l’éponge et le bât qui blesse et rêvent d’ouvrir une épicerie bio-solidaire en Bretagne, où ils auront la possibilité de respirer et de retrouver humanité, coopération et sens.

Faire bouger les lignes de l’intérieur

Comme le Godot du Management ne viendra probablement pas sauver l’entreprise d’elle-même, on pourrait les encourager à changer de métier, à se mettre à leur compte ou encore à développer un profil expert ou hybride, portes de sorties pour éviter le marasme managérial.

Mais on peut aussi les encourager, si le cœur leur en dit, à devenir ceux qui vont transformer l’entreprise de l’intérieur, croisade en apparence quixotique, mais pleine de sens et porteuse de sa propre récompense : il y a de la joie à se dire qu’on a, en douceur, de l’intérieur, fait bouger des lignes et qu’on participe à sa transformation, sa réhumanisation, si lente soit-elle.

Or, les salariés, qu’ils soient collaborateurs ou managers ont un point commun : ils rêvent de relations et d’ambiance de travail agréables. Ils rêvent d’être reconnus et respectés, d’utiliser leur cerveau et de faire du bon travail.

L’élégance relationnelle au service de la réinvention du management

Une solution peut donc résider dans le fait de devenir manager en déplaçant légèrement la focale : un poil moins d’organisation, un supplément de relation. Et de ce point de vue c’est, comme souvent, chez les Agilistes que les alternatives s’expérimentent :

  • Le servant leadership qui met le manager au service de son équipe et non l’inverse
  • Le host leadership qui s’appuie sur la métaphore de l’hôte qui navigue entre les postures (sur la scène, au milieu des gens, au balcon en observateur, en cuisine etc.)

Le tout dans un but d’accomplissement autant individuel que collectif : ça a de la gueule et ça donne plus envie de se lever le matin que d’être le chantre du reporting, le champion des tableaux de bord et le larbin de la hiérarchie.

Plus humbles et plus nobles, le servant leadership comme le host leadership sont indissociables d’une élégance relationnelle qui m’est chère parce qu’un peu de panache relationnel réenchante l’écosystème et fluidifie son fonctionnement. Bien loin du fatras de cuculteries béni-oui-oui dont on a affublé la pauvre gentillesse (qui ne méritait pas ça), l’élégance relationnelle est une posture subtile et très agréable pour celui qui la pratique. Par un mélange personnel d’authenticité, d’équité et de considération, elle minimise les craintes génératrices de jeux d’égo, en favorisant la parole, la coopération et le sentiment d’appartenance. Le servant leadership et le host leadership qui visent la confiance, la pollinisation croisée des idées et le plaisir de travailler ensemble y trouvent matière d’une part, et cette élégance relationnelle est bien plus simple à développer que les théories managériales compliquées, d’autre part.

Elle est peut-être là, l’échappée belle pour ceux qui aiment leur métier et peuvent, en devenant managers, se lancer dans une quête chevaleresque d’un management sans peur et sans reproche et être ceux qui vont mettre un peu de noblesse d’âme dans un monde de brutes.

Le coup de cœur de Sylvaine Pascual
la série Rupture douce, série d’ouvrages collectifs, rédigés en mode agile et dirigée par Laurent Sarrazin

Bio du blogueur

Sylvaine Pascual

Sylvaine Pascual

Sylvaine Pascual est coach et consultante en plaisir au travail.

Agrégée d’anglais – Ex-professeur de Classes Préparatoires – Membre du jury au concours d’entrée Mines-Ponts de 1998 à 2014

En 15 ans d’enseignement en Prépa, Sylvaine Pascual a vu nombre d’élèves dont les performances étaient diminuées par le stress des situations à enjeu élevé. Elle en est donc venue à rechercher des outils qui leur permettraient d’exprimer pleinement leur potentiel. Elle s’est alors formée au coaching avec passion pendant un an dans une école franco-canadienne.

Elle a tout d’abord exercé ses nouvelles compétences dans le privé où elle a eu l’occasion de comprendre les exigences du management en particulier en termes de relations interpersonnelles.

En 2008, elle crée son cabinet de coaching Ithaque dans le but de proposer à ses clients une orientation relationnelle du coaching qui leur permettra de concrétiser leurs ambitions professionnelles.

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