L’open space, motivation pour tous ?

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Après avoir massivement conquis le monde du travail, l’organisation en open space suscite des controverses. Facteur-clé de motivation et de cohésion pour certains, il est pour d’autres le symbole d’une entreprise désincarnée, où performance rime avec surveillance.

Alors, l’open space permet-il vraiment une meilleure vie d’équipe ?

Deux experts partagent leur point de vue.

OUI. Transcender le collectif

Bertrand Huck

Bertrand Huck

Fondateur du cabinet de conseil Business & Harmonie, Bertrand Huck en est convaincu : l’open space peut apporter beaucoup à l’entreprise.
A commencer par une meilleure implication des membres de l’équipe :

Travailler en open space renforce le sentiment d’appartenance, l’entraide, le plaisir au travail, voire la mobilisation lors d’une situation de crise », estime-t-il.

Le collaborateur profite d’une meilleure communication, « une sorte de formation permanente qui permet à chacun de trouver immédiatement une réponse à ses questions, et valorise la complémentarité de l’équipe » analyse Bertrand Huck.

Pour le manager, c’est la possibilité de « prendre en continu le pouls de son équipe et désamorcer les tensions qu’il ne sentirait pas tout seul dans son bureau. »

Cela suppose que le manager lui-même prenne place dans l’open space, ce qui n’est pas toujours le cas : « Certains préfèrent demeurer à l’écart, dans une sorte de bocal, ce que je ne conseille pas », souligne Bertrand Huck.

Car travailler en open space, « c’est développer une relation de proximité, mais aussi créer une ambiance et donner l’exemple », selon Bertrand Huck.
Dans cette configuration, « la posture du manager devient davantage celle d’un manager-coach que d’un chef. »

En effet, si son autorité apparaît trop verticale, son équipe peut vite se sentir surveillée, contrôlée… « C’est à lui de trouver le bon équilibre, en se rappelant que le bureau est aussi pour chacun un lieu de vie. »

Quitte à lâcher du leste sur de petites choses – consultations facebook, musique au casque… – qu’il ne remarquerait pas s’il occupait un bureau à part.

L’open space doit cependant être bien pensé : « Dans un espace restreint, il est primordial de réfléchir en amont à l’aménagement adapté », prévient le fondateur de Business & Harmonie. Petites salles de réunion, rangements ergonomiques, discussions régulières sur les règles de vie…

Dans ce type d’organisation, être à l’écoute des collaborateurs est encore plus vital que d’ordinaire, prévient Bertrand Huck, et c’est un facteur direct de performance ! »

NON. Naturel pour certains, cauchemar pour les autres

Coach et psychothérapeute, Isabelle Gabas est régulièrement consultée par des salariés travaillant en open space, parfois en situation d’épuisement professionnel. Elle constate donc des problèmes récurrents à ce type de travail : « L’open space peut être la pire comme la meilleure des choses, et surtout passer de l’une à l’autre très rapidement », analyse-t-elle.

L’open space renforce en effet « le phénomène de contagion émotionnelle : si un collaborateur se sent mal, cela peut faire basculer l’ensemble de l’équipe. »

Isabelle Gabas

Isabelle Gabas

Au premier rang des sources de mal-être, il y a le bruit : « Le bruit s’invite dans toutes les têtes, et si la tâche à accomplir suppose de la concentration, il crée un stress intense. »

Téléphones qui sonnent et interruptions incessantes peuvent aboutir à « l’un des principaux facteurs de stress : ne pas parvenir à mener sa mission à bien », explique Isabelle Gabas, qui nous confie que certains de ses clients « vont jusqu’à effectuer leur travail chez eux, sans le dire, pour tenter de rattraper leur retard. »

Bien sûr, ce stress ne s’exerce pas sur tous de la même manière. « Une personnalité extravertie s’y sent souvent à l’aise. Pour les autres, le manque d’espace et la proximité permanente des autres peuvent être source d’un profond mal-être. »

A cette distinction s’ajoute celle du type de management exercé :

L’un des risques est de créer le sentiment d’être observé, épié, décrypte Isabelle GabasLe management par la crainte, avec surveillance à outrance, est ce qu’il y a de plus redoutable en open space. »

Le manager joue donc un rôle clé. « La première chose est qu’il ne doit pas se laisser lui-même envahir par le stress ! », avertit notre coach-psychothérapeute.

Pour éviter les écueils de cette extrême promiscuité, il doit plus que jamais « faire preuve de sens de l’écoute, d’équité et d’exemplarité, de courage… »

Un manquement à ces valeurs peut être un détail dans certaines entreprises, « mais en open space, ça ne pardonne pas ! »

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