Maudits Français

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« Maudits Français » nous surnomment les Québécois. Ne nous y trompons pas, c’est en grande partie un signe d’affection que l’on observe à travers tout le Canada. Râleurs et compliqués, les managers de la vieille école et les employés que l’on sait toujours en vacances font la place à une toute nouvelle image de la Française et du Français à l’étranger.

par Jean-Baptiste Audrerie

Après douze années passées à Montréal, je m’amuse toujours à questionner de temps à autres mes collègues sur ce qu’ils pensent des Français. Qu’ils soient québécois, canadiens anglophones, d’origines sud-américaine ou indiennes, les représentations qu’ils ont des Français sont bien ancrées et incroyablement consistantes. Pourtant, l’image individuelle du Français a changé plus vite que l’image de la société française, toujours protectrice de son héritage.

Râleurs et critiques. Ils génèrent des idées audacieuses.

Les Français sont connus pour dire ce qu’ils pensent et pour refaire le monde. Les joutes verbales et les conflits d’idées sont stimulants. Ce serait la meilleure façon de faire avancer les projets, quitte à tergiverser. Pendant ce temps, les Canadiens, clairement plus consensuels, vont à l’essentiel avec peu de mots. Ils regardent médusés ceux qui oseraient hausser le ton ou pointer publiquement du doigt le fautif. L’esprit critique est amplifié par l’éloquence, les multiples références culturelles et l’articulation logique. En Amérique du nord, le Français doit apprendre à développer son sens politique et à réserver ses commentaires en les formulant de façon positive.

Montréal, ville pionnière en intelligence artificielle apprécie tout particulièrement les cerveaux cartésiens et ingénieux des scientifiques français. La culture générale ajoute de la profondeur aux communications et aux analyses. Au pays de l’économie créative qui a vu naître le Cirque du Soleil ou Moment Factory (divertissements immersifs), la sophistication du style intellectuel français est un atout pour la diversité des équipes surtout quand l’innovation est le moteur de la croissance.

Confiants en eux-mêmes mais jamais satisfaits. Ils poussent l’exigence.

Les Gaulois apprécient les échanges en équipe et la création des liens sociaux bien au-delà du travail. Attachés émotivement à leur équipe et à leur entreprise, ils sont souvent plus loyaux envers leurs employeurs que les Nord-Américains qui se révèlent plus individualistes. Quand ils s’investissent, ils aiment aller à fond et pousser les projets dans leurs retranchements. Avec l’esprit critique, le travail doit répondre à des standards élevés de sophistication.

Les déjeuners d’affaires interminables collent à la peau des gens d’affaires tricolores. En réunion, ils cherchent plus à échanger de l’information qu’à prendre une décision qui sera prise par la ou le responsable. On les dit verbeux. Là où les Canadiens se satisfont d’une communication collective, les Français s’attendent à des messages plus explicatifs et personnalisés. Il faut dire qu’ils sont familiers avec une distribution sélective de l’information à travers les couches hiérarchiques et les réseaux informels très puissants.

Les 8000 Français qui arrivent chaque année à Montréal font donc la joie des organisations les plus agiles et des sociétés de services qui veulent des collaborateurs fiables, des apprenants curieux et rapides.

Centralisateurs et hiérarchiques. Les managers s’ouvrent à l’intelligence collective.

Les stéréotypes concernant les managers français sont différents de ceux qui collent aux « Employés ». Je devrais plutôt écrire le mot « Collaborateurs ». Ce mot a maintenant la préférence des Français dans le jargon professionnel. Il traduit un glissement sémantique important alors que les managers et les patrons continuent d’être souvent perçus comme hautains et difficiles d’accès, sans concession, centralisateurs, autoritaires voire tranchants. Le patron Roi n’est pas encore tout à fait mort. L’élite ne se mélange pas assez à ses employés et elle aime toujours cultiver un style formel. Il faut dire que les codes sociaux sont complexes et marquent instantanément l’appartenance à un cercle social.

J’ai pu constater à plusieurs reprises que les champions du top-down management qui adoptent un ton arrogant ou imposant connaissent ici un niveau d’engagement de leurs employés parmi les plus faibles. C’est le clash culturel. Certains voient même leurs employés quitter l’organisation pour aller vers des managers plus consultatifs et résolument délégatifs. Les managers perfectionnent ici très rapidement leurs talents d’écoute des employés, le contrôle émotionnel en réunion, la consultation et les décisions collectives.

Paradoxalement, ce qu’apprécient le plus les Français qui arrivent en Amérique du Nord, c’est la proximité et la simplicité des rapports avec la hiérarchie. Les Français se reposent l’esprit en arrivant au Canada. Ils découvrent leur potentiel indépendamment de leur statut. En Amérique, le pragmatisme fait loi et les résultats parlent plus que les titres de noblesse et le prestige de certaines écoles.

Les maudits Français deviennent carrément agaçants quand leur cadre de référence ne dépasse pas le boulevard périphérique parisien. Leurs convictions politiques et sociales seraient, dit-on, aussi étincelantes que l’illumination de la tour Eiffel. Grand universaliste, le Français débarque avec une lecture ethnocentrée. Tout est sujet à comparaison avec la France. C’est bien connu, le centre du monde est un hexagone à la géométrie parfaite.

Comme le décrit fort bien Martin J. Gannon, auteur de l’excellent livre Understanding Global Cultures (6éme édition), la métaphore du vin exprime le mieux l’essence du Français. Il vante les mérites de son terroir et il protège le caractère unique de son vin, dont sa fabrication est érigée en art. Chic et élégant, il est aussi complexe qu’un grand cru à l’appellation d’origine contrôlée car il se cultive de façon ancestrale.

Le coup de cœur de Jean-Baptiste Audrerie
Vivre sa vie en Mode Skype, de Louis Vareille.

Biographie de Jean-Baptiste Audrerie, psychologue organisationnel, M.B.A.

Jean-Baptiste Audrerie

Chef de pratique Technologies & Transformation RH chez Horizons RH.
Il est l’auteur du blog d’anticipation RH www.futurstalents.com
Il accompagne les RH dans leur transformation digitale pour optimiser l’efficience de la fonction RH, l’attraction, l’engagement et le développement des talents.

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