On regrette rarement d’avoir osé, mais toujours de ne pas avoir essayé !

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Certains me taxent de « fliquer » les élèves, comme une sorte d’indic’ rêvé de tous les parents qui craignent de voir leur progéniture sécher les cours. D’autres soutiennent mon initiative et soulignent une inspiration, une femme qui casse les codes, ou encore un « rôle modèle » leader d’une nouvelle génération d’entrepreneurs.

par Philippine DOLBEAU, Fondatrice, NewSchool

D’une mini-entreprise fictive à la Start-up Étudiante de l’Année 2016

Mon idée de cahier d’appel électronique pour les enseignants naît lors de cours de mini-entreprises que mon établissement scolaire proposait. Il fallait que je trouve une idée de start-up fictive, et c’est un soir, suite à une banale journée de cours, que je l’ai trouvée. Un fait divers était raconté à la télévision : Charles, 9 ans, s’est endormi dans le bus qui l’emmenait à l’école. Le conducteur n’ayant pas remarqué l’enfant, gare son véhicule et revient le chercher huit heures plus tard. Et c’est avec stupeur qu’il découvre Charles, affamé, assoiffé, et apeuré. La journaliste expliquait que personne n’avait remarqué l’absence de l’enfant à l’école car aucun de ses instituteurs n’avait fait l’appel en classe. Et c’est ainsi que le reportage a dévié sur le problème des cahiers d’appel qui sont peu fiables, et font perdre un temps incroyable aux enseignants chaque année.

C’est ainsi que naît NewSchool, ma mini-entreprise fictive. Je la développe tout au long de mon année de Seconde. Elle rencontre dès lors un succès aussi soudain qu’inattendu.

En effet, quelques mois plus tard, je participe à un concours de jeunes entrepreneurs. Il s’agissait plus d’un challenge personnel que de faire connaître mon projet. Cette participation m’a permise de tester mon idée devant journalistes et entrepreneurs, constituant des retours importants à mes yeux. Deux mois plus tard, je remporte avec stupéfaction la finale, et deviens la plus jeune entrepreneure de France. NewSchool devient alors une start-up officielle et réelle. Ces cours d’entrepreneuriat ont été le moteur de mon envie de continuer NewSchool, de ma passion pour la création et le goût du risque.

Les médias, une autre vision de l’ambition des femmes

Les passages télévisés s’enchaînent, et les journalistes n’accueillent pas spécialement bien le fait qu’une jeune fille de 15 ans puisse monter sa boîte. Ils commencent à déformer le projet  que je porte. Imaginé comme un système de cahier d’appel digital ayant pour but de faciliter la vie des enseignants et des élèves, NewSchool est rapidement dénaturée et présentée comme un « système de flicage 2.0 ».

Mais en tant que grande positive, faire grandir mon entreprise malgré les critiques, ne pas flancher, garder la tête haute et sur les épaules, c’était aussi assumer mon rôle de fondatrice !

Très entourée, je me crée rapidement une carapace, indispensable pour garder le cap et faire face à cette mer si agitée. Ce qui me fait tenir, ce sont certes ma famille et mes proches, mais aussi le sens porté par mon entreprise : la volonté de moderniser, avec mes modestes moyens, ce mammouth qu’est le monde de l’éducation. Je refuse d’abandonner !

Lycéenne-entrepreneure, un boulot à plein temps

Depuis le début de mon aventure entrepreneuriale, j’ai été confrontée à des idées reçues venant de mon entourage, d’entrepreneurs plus chevronnés mais aussi de la part d’inconnus.

À vous qui pensez peut-être que la filière scientifique est « la voie royale » où l’or coule à flot,

À vous qui pensez que ce n’est pas en suivant ses passions mais bien les vôtres que votre enfant s’épanouira,

À vous qui pensez  qu’on ne peut pas entreprendre quand on a 15 ans, qu’on est une femme en filière littéraire, ce message me tient à cœur et il vous est adressé.

Pour moi, entreprendre, c’est aussi entreprendre sa vie, c’est goûter chaque jour à de nouvelles choses, rencontrer de nouvelles personnalités tout aussi intéressantes que passionnantes. Entreprendre, c’est constamment se remettre en question pour pouvoir avancer. Réussir, ça n’est pas réussir dans la vie mais bien réussir sa vie. … Derrière le décor « magique » de mon aventure entrepreneuriale, se cache des mois de travail acharné à concilier révisions du Bac et développement de ma start-up, fatigue, stress et coups durs. Heureusement, la vie d’un entrepreneur est aussi faite de superbes moments (participation au G20 en Chine, réceptions, prix de la Startup Etudiante de l’année 2016, et instants plus simples mais tout aussi géniaux comme les conférences données aux étudiants-entrepreneurs), et de très belles rencontres, comme celle avec Tim Cook, PDG d’Apple il y a quelques mois.

Le mot de la fin : Essayer.

Avec du recul, je pense avoir un devoir : celui d’encourager toute personne souhaitant se lancer dans un projet à le faire, malgré les obstacles et les critiques qui tenteront coûte que coûte de faire chavirer votre navire. C’est essentiel. « Tout accomplissement débute par la décision d’essayer » est une citation qui m’accompagne tous les jours et qui me pousse à me dépasser, à prendre des risques, et à essayer, tenter, pour ne pas avoir de regrets. Je souhaite, du fond du cœur, que d’autres exemples émergent, que d’autres « bébés entrepreneurs » éclosent, et que chacun soit libre de choisir sa voie royale. Il n’y a pas de parcours, filière ou voie définis pour devenir entrepreneur. Le devenir se fait par une succession de convictions, de choix, d’inspirations, et parfois de chance. Je souhaite à tous de rencontrer ces enseignants passionnés, ces entrepreneurs et toutes ces personnes dont j’ai eu la chance et l’honneur de croiser le chemin. Parce que ce sont eux qui font aussi ce qu’est NewSchool aujourd’hui. Ce sont eux qui font que NewSchool, en dépit de tout, est une formidable aventure. Et si mon histoire peut en inspirer d’autres, j’en serais plus qu’honorée…

C’est impossible dit la fierté,
C’est risqué dit l’expérience,
C’est sans issue dit la raison,
Mais essayons, murmure le cœur…

Philippine DOLBEAU, Fondatrice de NewSchool

Le coup de cœur de Philippine DOLBEAU
On m’avait dit que c’était impossible – JB Rudelle

Philippine DOLBEAU

Désormais bachelière, Philippine DOLBEAU a monté sa start-up à l’âge de 15 ans. Dénommée New School, elle vise à remplacer les cahiers d’appel traditionnels par un système digital, fiable et automatisé, tout en renforçant la sécurité des élèves au sein de leurs établissements scolaires. Depuis longtemps attirée par les nouvelles technologies et le monde de l’éducation, Philippine a allié ses deux passions, avec beaucoup de motivation et de travail de longue haleine pour monter son projet entrepreneurial. Aujourd’hui, NewSchool a remporté de nombreux prix, dont celui de la Startup Étudiante de l’Année 2016, et Philippine a été sacrée, en début d’année, la Femme La Plus Innovante de l’Année 2017.

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