Le Père Noël : « J’ai pris avec brio le virage du digital »

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EXCLUSIF – « Santa Klaus » doit lui-aussi s’adapter aux GAFA et à l’IA. Il explique dans une interview sans concession comment il a créé son « Lab » d’innovation et pratique la méthode agile pour manager ses lutins.

Par Quentin Périnel

Quentin Périnel

Il vient à Paris une fois par an pour se prélasser quelques jours avant le rush ultime qui prend réellement effet à partir du 1er décembre. “Avant, très franchement, je me tourne les pouces et je fais pas mal de présentéisme dans mon atelier”, m’explique-t-il en se prélassant dans un fauteuil de l’Intercontinental dans le quartier de l’Opéra. Un peu fourbu, il m’explique que seul, il a parfois du mal à notre époque de l’immédiateté, où tout se joue et se décide en une fraction de seconde. Avant, les commandes de Noël étaient plus simples : il recevait des tonnes de lettres en amont par La Poste. Le flux était conséquent, mais il était prévisible. “Désormais, les commandes, c’est comme des notifications push. Elles sont complètement volatiles, capricieuses, et elles me foutent les nerfs en pelote”, se plaint-il en checkant ses mails. Il lève la tête avec un sourire coupable et met son iPhone en mode avion.

Comment parvenez-vous à rester à la page à cette époque où tout va si vite ?

J’ai dû me résoudre à faire pas mal de choix. A commencer par admettre une faille personnelle : je n’ai jamais su déléguer. Je me suis trop longtemps usé à la tâche en voulant garder tous les monopoles. J’ai donc décidé de partager le leadership de mon atelier… Et de baisser ostensiblement ma rémunération. C’était le prix de la tranquillité.

En faisant quoi par exemple ?

J’ai constitué un comex de jeunes lutins (ils sont dix) que je considère comme les talents de demain. Ils sont ambitieux et visionnaires. J’ai toujours aimé les Millenials. Ils me font à la fois du reporting sur les phénomènes de société, les habitudes des consommateurs, les tendances à venir… mais ils m’aident aussi considérablement dans mon labeur de distribution ! J’ai également fondé un “Christmas Lab” grâce auquel j’ai mis au point un certain nombre d’innovations.

Des innovations pour distribuer vos cadeaux ?

Absolument. J’ai reçu des tas de lettres qui me reprochaient de maltraiter mes rennes avec tous mes trajets en traîneau, dont celle de madame Brigitte Bardot d’ailleurs. Mais c’est du off, hein, ne le dites surtout pas. Chez Buzzfeed, ils seraient trop contents ! J’ai donc décidé d’élargir ma flotte de rennes, de traîneaux, et de confier à certains lutins la lourde responsabilité de conduire. Je teste également la livraison par drones. Mais j’ai également fait la connaissance d’un entrepreneur dont je ne peux pas vous dire le nom, même en off. Il a conçu pour moi des machines baptisées “Christmasloop” qui parcourent les campagnes à la vitesse de l’éclair et qui pourraient complètement ubériser mes traîneaux. Mais la tradition, c’est important, vous le savez bien.

Justement, quid de la tradition de répondre à tous les enfants ? Vous parvenez toujours à le faire ?

Je vous confirme que “l’humain” est au cœur de mes réponses. Mais là encore, je me suis adapté. Mon “Lab” d’innovation a développé une intelligence artificielle qui parvient à faire le tri entre les enfants qui ont été sages et ceux qui ne l’ont pas été. J’ai écrit moi-même un modèle “type” de lettre bienveillante mais ferme, qui explique aux bouts de chou pourquoi ils n’auront pas les cadeaux souhaités cette année. Je ne suis néanmoins pas un tyran : ils auront tous le numéro un des ventes Amazon correspondant à la rubrique où ils ont péché, ainsi qu’un livre de développement personnel. Pour les autres, je me charge toujours personnellement de répondre…

Vous en êtes certain ?

Bon, si je vous mens je vais me retrouver avec un bouquin de développement personnel à Noël, donc je préfère vous confesser que certains lutins répondent aux lettres et aux courriels à ma place. Mais ils le font exclusivement en télétravail, et ils ont un droit de déconnexion, évidemment !

Chaque année, des millions de cadeaux ne plaisent pas à leur destinataire… Avez-vous songé à arranger cela ?

Croyez-moi cela se raréfie : mes lutins ont mis au point un algorithme qui nous permet d’anticiper les tendances de cadeaux qui vont plaire, et ceux qui vont décevoir. Et pour les grincheux qui ne seront pas contents, j’ai même une solution innovante infiniment plus bienfaitrice que de revendre cela sur Amazon ou Le Bon Coin…

Laquelle ?

C’est un scoop : pour la première fois cette année, ma fondation “Santa Loss” va permettre à tous les grands déçus de Noël de donner leurs cadeaux à ceux qui n’ont pas eu la chance d’en avoir. Nous nous engageons à venir les récupérer gratuitement. Cela fait quelques heures sup’ évidemment, mais c’est l’esprit de Noël, et cela fait des heureux !

Et cette fondation, cela va vous permettre de défiscaliser ?

(La chanson de Mariah Carey “All I want for Christmas” retentit). Oh oh oh, pardonnez-moi, j’ai un call important de la Mère Noël !
Les coups de cœur de Quentin Périnel
Monstre – The crown – Franknfluff

Bio de Quentin Périnel

Quentin Périnel

Quentin Périnel a 27 ans et est journaliste et chroniqueur.

Il écrit notamment “Le Bureaulogue” pour Le Figaro chaque lundi, une chronique dans laquelle il décrypte avec humour et sagacité une expression ou un tic de langage absurde du jargon de l’entreprise. Il rédige également au Figaro un entretien baptisé “Le plus bel échec” dans lequel il discute de l’échec avec des personnalités.

Il a également animé la chronique quotidienne “Open Space” durant un an dans la matinale de Radio Classique.

Il a publié chez Flammarion en mai dernier le livre “Vivement la retraite”, un livre à la fois récréatif et instructif dans lequel il dresse un rétroplanning du départ à la retraite.

Vous pouvez le lire dans Le Figaro et le suivre sur Twitter (@quentinperinel) ou sur LinkedIn. Et même sur Instagram.

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