Le congé sabbatique est-il dangereux pour l’entreprise ?

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Avec un accroissement majeur du bien-être au travail aujourd’hui, les besoins des salariés et des employeurs évoluent et les regards managériaux changent. Ainsi, de plus en plus de salariés, tous secteurs confondus, envisagent de faire une « pause » dans leur carrière, via un congé sabbatique. Quels sont les enjeux du congé sabbatique pour le salarié et l’entreprise ?

Deux professionnels nous partagent leurs retours d’expériences.

Oui, le congé sabbatique peut être dangereux pour l’entreprise si les conditions de départ du collaborateur ne sont pas suffisamment anticipées.

Ludovic Jardel

Cela faisait dix ans que je travaillais dans la même société d’assistance en ingénierie à Toulouse. Au début je faisais du dessin industriel et de la co-gestion de projet, cela me convenait. Mais lorsque j’ai pris la pleine responsabilité, je me suis rendu compte que l’entreprise n’allait pas dans mes optiques personnelles. J’étais déçu et j’ai fait un petit burn-out. Dans un premier temps j’ai voulu démissionner. Mais la RH m’a proposé de prendre du recul avec un congé sabbatique »

Ludovic Jardel, chargé d’affaires, responsable projet en ingénierie mécanique ou industrielle.

Pour Ludovic, cette envie que peuvent avoir les employés de prendre un congé sabbatique s’explique par une quête de sens.

Cette année m’a permis de faire le point sur ce que je voulais réellement : gagner un bon salaire mais aller travailler dans la difficulté ou gagner moins mais me faire plaisir ? Ce congé sabbatique a été une importante remise en question. J’ai eu l’occasion de voyager, de découvrir d’autres environnements, d’autres personnes. Cela a été très bénéfique pour moi. Professionnellement et personnellement ».

Après un congé sabbatique appréhendé à sa juste valeur, le collaborateur doit faire un choix :

Je ne suis pas revenu dans l’entreprise car je n’étais pas en phase avec le virage qu’elle prenait. Je suis au chômage depuis un mois, je ne vois pas les effets pour le moment. Mais je suis sûr que cela va m’être bénéfique car mes proches sentent que je suis mieux. Et si moi-même je me sens mieux, je le serai professionnellement aussi. Cette prise de congé s’est très bien passée auprès de mon employeur, que j’ai prévenu assez tôt. Ils ont donc eu le temps de trouver un remplaçant. Il n’y a eu aucune entrave, j’ai même reçu des encouragements. Certains collègues auraient aimé faire de même ».

Le congé sabbatique peut être « dangereux » pour l’entreprise dans la mesure où elle se prive d’un collaborateur sur lequel elle a investi.

J’ai eu la chance d’avoir eu des équipes à encadrer, bénéficié de formations, été accompagné dans mon évolution professionnelle. Mais ce congé sabbatique a été une excellente expérience ! Je pense que tout le monde devrait en prendre un lors de sa carrière professionnelle. Je suis fier de mon parcours et surtout d’avoir su m’arrêter à temps ».

En résumé, le congé sabbatique peut être une véritable prise de conscience et un tremplin pour les collaborateurs.

Sur ce point, notre second expert exprime sa position, côté employeur.

Non, le congé sabbatique n’est pas dangereux du point de vue de l’entreprise. Il permet au collaborateur de développer ses compétences et de favoriser un climat de confiance et de bien-être.

Karen Demaison

J’ai accordé des congés sabbatiques en tant que responsable RH. Les collaborateurs sont partis quelques mois, généralement en sac à dos pour découvrir d’autres pays et cultures . Au-delà du voyage il y a toujours derrière ce type d’initiative un projet personnel et professionnel »

Karen Demaison, chargée de mission des ressources humaines à la DSI – SNCF réseau, experte des sujets de transformation culturelle dont la coopération et la qualité de vie au travail.

Pour Karen, le congé sabbatique est bénéfique pour les collaborateurs, comme pour les employeurs. Elle détaille sa vision :

Lorsqu’ils sont revenus de leur congé sabbatique, cela a été un vrai plus en termes d’ouverture d’esprit et de capacités à transférer leur vécu terrain dans l’entreprise. En tant qu’employeur, ce fût également l’occasion de montrer que nous prenions soin des équipes, en les autorisant à prendre une pause salvatrice pour nourrir leur poste et l’envisager de façon différente . »

Le congé sabbatique nécessite bien sûr de l’organisation, mais n’est en aucun cas un frein pour l’entreprise.

Je n’ai pas rencontré de difficultés particulières, sachant que les collaborateurs en parlent au préalable avec le manager. Ensuite, lorsque c’est acté au niveau du manager, le salarié vient spontanément voir les RH, pour échanger sur le processus : comment procéder à cette interruption de contrat, quelle est la période, à quel moment cette personne va revenir et comment nous allons pouvoir la réintégrer. En son absence, la vie de l’entreprise continue. A leur retour, nous les mettons au courant des dernières actualités, arrivants… pour qu’ils puissent se synchroniser sur leur poste ».

Il est possible de voir la question différemment : ne serait-ce pas plutôt dangereux de se montrer fermé au congé sabbatique ?

Le congé sabbatique est un dispositif prévu par le code du travail et tous les secteurs d’activités sont concernés. Il est en phase avec l’’état d’esprit de notre société actuelle qui est porté par l’envie de prendre soin de sa vie personnelle et de vivre de multiples expériences. C’est en lien direct avec les différentes transformations que peuvent vivre une organisation et cela se reflète aussi chez l’individu ».

En somme, les dispositifs liés à la qualité de vie au travail favorisent la possibilité de prendre un congé sabbatique, ce qui est aussi bien perçu côté employeur, que côté collaborateur.

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