Connecté 24h/24 : réelle flexibilité ou stress permanent ?

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Pour beaucoup d’entre nous désormais, le poste de travail est accessible partout, tout le temps. Si chacun reconnaît les opportunités qu’elle offre, cette transformation ne va pas sans quelques questions :
la vie privée n’est-elle pas menacée si le bureau nous suit chaque soir à la maison ? Comment sortir du stress du travail si plus personne n’appuie sur OFF ?

Deux experts partagent leur point de vue.

La voie du bien-être et de la motivation

Jean Pouly

Jean Pouly

Fondateur et dirigeant d’Econum, société de conseil en intégration des technologies numériques, Jean Pouly est catégorique : « La mobilité n’est pas un objectif à atteindre, c’est une réalité. Soit les entreprises s’adaptent et en tirent le meilleur, soit elles subissent ».

De fait, les innovations numériques révolutionnent déjà le travail et n’épargnent aucun domaine : « Espace, horaires, façon de manager, d’évaluer le travail, de l’organiser… Tout participe du même mouvement ».

Cette transformation est pleine d’atouts, dont il s’agit aujourd’hui de s’emparer.

« Le travail en mobilité offre aux entreprises réactivité, agilité et souplesse, soit des réponses à une forte demande du marché », précise Jean Pouly.

Passer d’un système de poste fixe à un environnement de travail mobile leur permet en outre de baisser leurs coûts de fonctionnement, en particulier mobiliers et immobiliers.

Mais c’est surtout pour leurs équipes que cette transformation ouvre une nouvelle voie :
«  Salariés et managers peuvent désormais travailler de partout, constate Jean Pouly. Du bureau, de chez eux ou d’un tiers-lieu, comme un espace de coworking, un train ou un parc ».

Cela leur permet d’abord de diminuer les temps de déplacement, ce qui n’est pas sans conséquence :

En réduisant le temps de transport, nous gagnons en organisation, en sommeil, en sérénité et même en pouvoir d’achat. Nous sommes aussi plus aptes à concilier le travail à nos contraintes personnelles ».

Plus d’auto-organisation serait aussi gage de plus d’engagement et de motivation, selon le dirigeant d’Econum :

Travailler de manière mobile permet d’être en phase avec son propre rythme, d’améliorer à la fois sa performance et sa qualité de vie, explique-t-il. S’isoler lorsqu’on désire se concentrer sur un dossier, faire des pauses… Car être en permanence entouré de collègues ne peut pas correspondre à tous les profils ! »

Avec cette souplesse toute nouvelle dans les lieux de travail, « l’absentéisme et les risques psychosociaux sont diminués, le turnover également… Aujourd’hui, les entreprises qui proposent cette flexibilité ont une belle carte dans leur jeu pour attirer les talents ».

Que du positif, alors ?

« Oui, à condition de mettre en place une organisation adaptée, répond Jean Pouly. Car le travail en mobilité demande une vision globale sur le plan stratégique, managérial, mobilier, juridique et technologique. »

Une lourde transformation, surtout pour les entreprises de taille intermédiaire, qui doivent penser à la manière de sécuriser leurs données, évaluer la performance, former leurs managers…

Et sur le plan psychologique, cette incursion du travail dans la sphère privée n’est-elle pas risquée ?

« Travailler à distance présente effectivement des risques de brouillage de la frontière entre vie professionnelle et privée, ainsi que de désocialisation », concède Jean Pouly.

Chacun doit avoir le choix et trouver son équilibre, en profitant par exemple des nouvelles solutions qui existent comme « les espaces de coworking, en pleine explosion, qui permettent de concilier les avantages de la mobilité en évitant ses inconvénients ».

Un nouvel outil pour accompagner cette grande révolution.

Sans cadre, de vrais risque

Christèle Albaret

Christèle Albaret

Avec la mobilité, nous vivons sans conteste un moment-clé dans l’histoire de la vie en entreprise.

La transformation est en cours, mais ne va pas sans présenter de sérieux risques, selon Christèle Albaret, spécialiste santé au travail et dirigeante de Face à Face Conseil :
«Les innovations technologiques sont positives si l’organisation de l’entreprise les accompagnent, si le cadre du travail est repensé. Cela n’est pas le cas aujourd’hui».

Salariés et managers sont donc contraints au grand écart :
«Connectés 24h/24 tout en conservant la culture du présentéisme, nous ne profitons finalement pas des avantages de ces nouveaux outils, qui devraient permettre de mieux gérer son espace et son temps» analyse Christèle Albaret.

La notion du temps est la principale source de ce stress d’un type nouveau.

Nous fonctionnons désormais en zapping permanent, explique la fondatrice de Face à Face Conseil. Il semble désormais acquis qu’un SMS ou un mail exigent une réponse dans les 30 minutes. Un cadre est interrompu en moyenne toutes les 7 minutes ! Passer sans cesse d’une tâche à l’autre demande une énergie considérable sur le plan psychique, et alimente le risque de surchauffe. »

Le niveau de stress engendré dépend bien sûr de la personnalité de chacun :
« Certains adorent être sollicités en permanence et en tirent de la motivation. Pour d’autres, cette pression met vite la balance du stress en déséquilibre ».

Cette impression de danger, d’incapacité à faire face, mène à un sentiment de culpabilité et nous pousse à prolonger le travail, dans les transports, chez soi… Un cercle qui « peut mener à l’épuisement psychologique et physique », prévient la coach et thérapeute.
Autant dire au burn-out.

Gérer cette nouvelle «flexibilité» relève en partie de la responsabilité de l’entreprise.

Nous vivons une période de transition et, pour l’instant, personne n’est là pour poser les limites. Si je peux envoyer un mail à 21 h, alors pourquoi pas à 23 h ou à 3 h du matin ?»

Pour contrer cette tendance, certaines entreprises ont adopté une charte, ou coupent leurs serveurs durant la nuit… Des pistes d’amélioration existent, donc, mais c’est encore individuellement que l’équilibre doit être trouvé.

La frontière ente vie privée et vie professionnelle, en particulier, doit être surveillée.
«A chacun d’établir et de respecter sa propre charte, conseille Christèle Albaret. Si l’on doit poursuivre son travail chez soi, il faut prévoir des pauses, se ménager un espace, couper son portable à une certaine heure…»

Face à l’impression constante de manquer de temps, il faut «savoir réguler cette fuite en avant qui nous incite à continuer, à consulter une nouvelle fois nos mails et y répondre», avertit Christèle Albaret.

Sous peine de ne plus parvenir à récupérer, ni physiquement, ni mentalement, et ainsi se mettre en danger.

 

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