Être soi-même au travail : jusqu’à quel point ?

0

Nous passons l’essentiel de notre temps au bureau. La frontière entre personnalité professionnelle et personnalité privée peut donc parfois devenir floue. Mais vaut-il mieux se montrer tel que l’on est au travail ? Ou enfiler une personnalité « pro » en même temps que notre tenue ? D’après les spécialistes, on peut en révéler (et se détendre !) beaucoup plus que l’on ne croit.

Nos goûts vestimentaires

La tenue, d’uniforme ou non, est le premier signe de la séparation entre vie professionnelle et vie privée. Sa valeur symbolique est donc considérable. « La façon dont on s’habille au travaille envoie de nombreux signaux quant à la façon dont on perçoit notre environnement, au respect que nous avons pour notre travail et pour nous-même, aux groupes avec lesquels nous nous identifions », affirme l’entrepreneur Bernie Klinder pour le magazine Forbes. « De plus, les managers partagent souvent la conception selon laquelle une personne incapable de gérer les petites choses du quotidien n’est probablement pas capable d’endosser de plus grandes responsabilités. En gros : Si vous ne savez même pas vous habiller correctement, vous ne pouvez pas gérer grand-chose d’autre », ajoute-t-il. Une vision plutôt radicale de l’importance des vêtements, pas forcément partagée par tous les managers.

Pour preuve, le port de vêtements décontractés au travail se démocratise. Une étude britannique citée par Grant Bailey du journal The Independant rapporte qu’une majorité de travailleurs juge obsolète le port de vêtements formels au travail, et privilégie le confort au decorum. Selon Karen Pine, psychologue à l’université du Hertfordshire, « adopter une tenue décontractée tous les jours permet aux employés d’être indépendants, et de montrer leur personnalité (…), ce qui pousse les collaborateurs à créer des liens plus forts, estompe les barrières sociales, et permet à chacun de se consacrer à son travail. »

Notre façon de parler

Chaque profession possède son jargon, chaque entreprise ses codes de communication. Si les comprendre et les manier est nécessaire, doit-on pour autant s’y conformer 100 % du temps et renier notre propre façon de nous exprimer ?

D’après Dorian Lacaze de Winspiration, « La question de la communication en entreprise est managériale. Elle interroge la possibilité de se servir des mots pour augmenter la productivité des employés et donc la rentabilité d’une entreprise. » Le langage doit donc être choisi et adapté pour s’adresser aux collaborateurs de la façon la plus positive et diplomatique possible.

L’important est surtout de rester en cohérence avec la culture d’entreprise : certaines tolèrent un langage moins châtié que d’autres. Ainsi, lors d’une altercation, « les tribunaux, tout comme les patrons, apprécient aussi la gravité des propos en fonction des mœurs propres à l’entreprise ou au secteur d’activité », rappelle Pierre-Alban Pillet pour le magazine Capital.

Nos opinions et nos valeurs

Bien que les opinions et les valeurs soient au cœur de notre personnalité, nous avons appris à les cacher pour maintenir le consensus. Ne parler ni de politique ni de religion : c’est une règle que l’on s’entend souvent conseiller, en famille ou au bureau. « Sur son lieu de travail, le salarié conserve sa liberté d’opinion et de conscience, mais dans certaines limites. Il doit, notamment, faire preuve d’une discrétion politique » et éviter le prosélytisme, conseille Sarah Delattre pour Dossier Familial.

Cela ne signifie pas pour autant que l’on doit être hypocrite et cacher qui l’on est à tout prix. La franchise, notamment lors de l’entretien de recrutement, peut être une vertu salvatrice, soulignent Laure Cailloce et Marie-Madeleine Sève de Capital. « Que risquez-vous à vous montrer sincère, hormis d’être recruté pour ce que vous êtes et ce que vous voulez vraiment ? »

Notre vie privée

« La quête de lien social est compréhensible », analyse Sandrine Weisz pour Capital. Elle recommande donc de se livrer, mais avec prudence. « Révéler une partie de son existence et de ses goûts à ses collègues permet de tisser avec eux un lien de complicité, en fonction de ses affinités, et de développer son réseau. » Ne rien révéler de soi du tout à ses collaborateurs peut aussi s’avérer problématique, en suscitant des questions indiscrètes voire des rumeurs, par exemple.

En conclusion, il faut livrer suffisamment de soi pour établir une complicité avec ses collègues, mais pas assez pour que l’on puisse s’en servir contre vous. « Pour trouver la bonne mesure, commencez par écouter les autres avant de vous livrer. Respecter cette phase d’assimilation de la culture de l’entreprise vous évitera de commettre une bourde fatale ! », conseille Sandrine Weisz.

Quant aux problèmes graves, nul besoin de les garder secrets : « Une maladie grave – la vôtre comme celle d’un proche – ou un divorce auront forcément des répercussions sur votre vie professionnelle. N’hésitez pas à en parler à votre supérieur ou à un responsable RH », conseille-t-elle.

Nos défauts et notre vulnérabilité

Être vrai, c’est aussi montrer ses failles et savoir reconnaître ses erreurs. En bref, assumer sa vulnérabilité. Une force essentielle que l’on devrait davantage développer, estime la chercheur en sciences humaines Brené Brown. Dans un article pour LinkedIn Business, Gregory Lewis explique comment « être vulnérable au travail peut s’avérer votre plus gros atout », dans la mesure où l’on développe ainsi une meilleure communication, davantage de courage et de résilience face aux éventuels problèmes.

En conclusion, l’authenticité au travail semble non seulement possible mais surtout souhaitable. Y a-t-il toutefois des circonstances où l’on doit se conformer à ce que l’entreprise attend de nous, et à quelles conditions ? Pour aller plus loin, n’hésitez pas à consulter notre débat du mois.

Réagissez !

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Vérification de sécurité * Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.