Est-il judicieux de parler de ses échecs en entretien ?

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Aujourd’hui, les erreurs et changements de parcours sont de plus en plus évoqués en milieu professionnel. Un candidat doit-il pour autant s’exprimer sur ses échecs en entretien ? Si oui, jusqu’où peut-il aller sans refroidir le recruteur ?

Deux DRH nous partagent leur point de vue sur le sujet.

Oui, il est judicieux de parler de ses échecs en entretien.

Antoine Belot

 Pour moi, un candidat qui nie tout échec n’est absolument pas crédible. Aujourd’hui, les postes sont de plus en plus complexes, et il est évident que l’on fait tous des erreurs. Je suis intimement convaincu que l’apprentissage passe aussi par le fait de savoir tirer les leçons de ses erreurs. Il est complètement naturel de les évoquer, ce n’est pas tabou »

Antoine Belot, DRH du laboratoire M&L, filiale du groupe l’Occitane.

Pour Antoine, il faut absolument oser parler de ses échecs en entretien. Alors qu’auparavant il fallait uniquement axer sur du positif. Désormais le monde professionnel se doit d’être plus réaliste. Il détaille sa vision :

Il y a 15 ans, lorsque j’ai commencé mon métier, les échecs n’étaient pas abordés comme ils le sont aujourd’hui. Il y avait des règles tacites, il ne fallait parler que du positif. A présent, lorsqu’un candidat s’évertue à faire croire que sa carrière n’a été qu’une suite de succès sans fin, ce n’est pas crédible. Cela n’existe pas. Se tromper fait partie de la vie professionnelle. »

L’échec faisant intégralement partie d’une vie professionnelle et personnelle, il ne s’agit pas forcément de se demander s’il est judicieux d’en parler mais plutôt de se questionner sur la façon dont le collaborateur peut l’exprimer.

Ce qui est intéressant, c’est ce que le collaborateur retire de l’échec, comment il le gère, comment il rebondit, comment il en tire des apprentissages. Ainsi, lors de l’entretien, le recruteur va vraiment s’intéresser et s’attacher à déterminer qui est réellement la personne en face. Bien évidemment, le collaborateur ne doit pas être naïf non plus, il ne faut pas faire la liste de toutes ses erreurs… »

En abordant les échecs, l’intérêt est reporté sur le collaborateur en tant que personne avant tout. L’échec en entretien apportant ainsi davantage de profondeur.

Nous sortons de plus en plus du cadre classique de l’entretien, de l’exercice trichant qui était imposé avant. Nous nous intéressons davantage au fond et les collaborateurs comprennent que l’on va rechercher des individualités. Il ne sert à rien de se créer un personnage « passe-partout », car ce n’est pas cela qui est recherché. Les candidats sont de ce fait plus décontractés et ont moins de peurs et de doutes pour évoquer leurs passions, ce qu’ils pensent vraiment. C’est une évolution de fond que je trouve extrêmement positive. »

En résumé, oser parler de ses échecs en entretien peut permettre au recruteur de cerner une personnalité et au collaborateur de se sentir davantage en phase avec le potentiel employeur. Sur ce point, notre second expert expose son point de vue sur certains risques que cela implique.

Non, il n’est pas toujours judicieux de parler de ses échecs en entretien.

Nathalie Monin

On peut tout dire à partir du moment où le candidat sait expliquer et qu’il est suffisamment confiant pour cela. Tout collaborateur n’a pas la même maturité pour en parler en entretien »

Nathalie Monin, DRH à Eni Gas et Power France, conférencière et intervenante en écoles de commerce.

Pour Nathalie, le collaborateur peut parler de ses échecs en entretien, seulement sous certaines conditions.

Êtes-vous suffisamment serein avec les difficultés et échecs que vous avez rencontrés ? Les avez-vous suffisamment analysés ? Avez-vous suffisamment pris du recul ? Il ne faut pas être dans une dynamique d’échecs et de problèmes, mais vraiment en capacité d’activer certaines solutions. Cela demande une certaine maturité. »

Si le collaborateur n’est pas suffisamment lucide, mature sur ses échecs, il vaut peut-être mieux éviter de les aborder en entretien.

Le risque est d’arriver devant le recruteur et d’être dans une posture d’insuccès qui ne crée que des spirales d’échecs. Si vous êtes en recherche active avec le désir de changer d’entreprise, ce n’est pas le meilleur moment d’en parler ! Car dans ce cas, il y a peu de chances qu’il y ait de nouvelles opportunités qui se débloquent. »

Chaque échec ou épreuve dans une vie professionnelle et personnelle doivent être « digérés » et analysés. Ainsi, si l’échec est trop récent, il n’est pas nécessairement pertinent d’en parler immédiatement.

J’ai rencontré une personne, qui au cours de l’entretien, m’explique être en burn-out, mais n’a aucune prise de recul. Probablement qu’il doit y avoir des raisons intrinsèques et extrinsèques, mais à ce moment-là, le collaborateur n’est que sur les raisons extrinsèques. Cela ne peut donc pas être le bon moment pour ce candidat et je ne l’ai pas recruté. Si l’objectif de cette personne était vraiment de se faire recruter, alors elle n’aurait clairement pas dû en parler. »

En somme, il est bienvenu de parler de ses échecs sous certaines conditions. Il est recommandé aujourd’hui de suivre un consensus positif qui privilégie de s’assumer en entretien, mais il faut le faire en tout état de conscience et en étant capable de présenter les apprentissages des échecs vécus.

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