La crise est-elle un moteur de la reconversion professionnelle ?

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En menaçant des métiers, des entreprises voire des secteurs d’activité entiers, une crise économique peut aussi faire émerger de nouvelles idées.

Lancer un projet ou acquérir un nouveau savoir-faire peuvent paraître tentants lorsque nos perspectives d’évolution de carrière se réduisent…

Mais qu’en est-il en réalité ?
La crise constitue-t-elle vraiment un moteur pour la reconversion professionnelle ?
Deux experts partagent leur point de vue.

OUI, Un déclencheur de nouveaux projets

Philippe Bastid

Philippe Bastid

Se reconvertir en temps de crise, Philippe Bastid peut en parler : il a décidé en 2009, soit au plus fort de la tempête, de donner un nouveau tournant à sa carrière de responsable financier en devenant coach de managers et dirigeants.
« J’avais envie d’apporter quelque chose de plus » explique-t-il simplement.
Exercer en indépendant lui permet en outre de garder un pied dans la finance en tant que consultant.

Pour le désormais dirigeant d’Aloha Coaching, « les crises économiques deviennent vite des moments de remise en question personnelle. »
Car la motivation d’une reconversion se nourrit aussi bien d’un projet que d’une peur pour notre situation actuelle.

« En période normale, la reconversion est perçue comme un risque, ce qui constitue son principal frein », estime-t-il. « La crise a pour effet de réduire notre zone de confort, nous nous retrouvons sous pression même en restant à notre poste. » Licenciements de collègues autour de nous, incertitude quant à l’avenir de l’entreprise, de nos perspectives d’évolution…

Autant de points qui créent un sentiment de menace et peuvent jouer un rôle moteur pour la reconversion : « Quand exercer notre métier est déjà risqué, le cap à franchir pour en changer est bien plus mince » résume Philippe Bastid.

Outre cette dimension psychologique, la crise crée également pour le dirigeant d’Aloha Coaching, une nouvelle donne économique favorisant les reconversions professionnelles, tout particulièrement celles en lien avec un projet de création d’entreprise ou d’activité indépendante :

Beaucoup de grands groupes doivent couper dans leur budget de communication, ce qui diminue la pression de la concurrence et laisse plus d’espace aux petites structures pour se développer et faire connaître leurs produits. »

« Les difficultés poussent aussi à l’inventivité » poursuit-t-il, observant que lorsque l’accès au crédit bancaire se restreint, d’autres manières d’entreprendre prennent leur essor. En témoigne
« le statut d’auto-entrepreneur, qui connaît un succès considérable. »

C’est également le cas des coopératives, financements participatifs (crowdfunding) et franchises, « des systèmes, qui ne sont pas nouveaux mais connaissent aujourd’hui un renouveau enthousiasmant et permettent à de nombreuses personnes de se lancer. »

NON, Des blocages toujours bien présents

Jean Pralong

Jean Pralong

Il y a selon Jean Pralong, psychologue et professeur de gestion des ressources humaines à Rouen Business School, un décalage certain entre le discours, qui valorise la reconversion professionnelle, et la réalité.

« La période actuelle amplifie ce discours, affirmant que la crise est l’occasion de prendre son parcours en main, de saisir des opportunités », observe-t-il. « Ensuite, il y a les faits. »

Et dans les faits, force est de constater que la majorité des reconversions sont « davantage contraintes que souhaitées » et que le changement de carrière volontaire « demeure un phénomène très limité. »

Principal blocage, bien sûr, la crainte. Celle de rencontrer de gros obstacles sur le marché du travail, surtout en cette période, mais aussi celle « de se retrouver débutant dans un nouveau métier, après des années d’expérience et avec des attentes plus élevées, notamment en matière de rémunération. »

D’autant que, selon le professeur de GRH de Rouen Business School, la reconversion n’est pas aussi bien vue des employeurs qu’on voudrait le croire : « Les recruteurs cherchent à minimiser les risques, en particulier quand les embauches sont moins nombreuses. Ils préfèrent donc les parcours linéaires, et le candidat idéal reste un candidat sans histoire. »

Une méfiance qui ne dépend pas uniquement des recruteurs :

Elle est aussi présente dans la tête des candidats, qui anticipent la difficulté à mettre en valeur un éventuel changement de métier »

Si pour Jean Pralong, la crise freine bon nombre des candidats à la reconversion, notamment ceux qui souhaitent continuer à exercer une activité salariée, il identifie toutefois une nouvelle tendance : « de plus en plus de personnes hautement qualifiées se lancent dans la création d’entreprises implantées localement, sur des secteurs plus solides car non-délocalisables. »
Une nouvelle manière d’envisager l’économie, plus durable et moins vulnérable aux crises.

Traditionnellement peu mobiles par crainte de perdre le statut lié à leur diplôme, « ces élites franchissent aujourd’hui le plancher de verre », observe Jean Pralong. « Elles remettent en cause le conformisme, tentent de nouvelles expériences et réinventent des métiers, notamment artisanaux. »

Des pionniers pour une lame de fond à venir ?

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