La digitalisation de notre quotidien pousse-t-elle au burn-out ?

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Tablettes, téléphones portables, conférence virtuelle… la digitalisation est aujourd’hui dans toutes les bouches et a aussi bien envahi notre univers professionnel que personnel.

Mais si on ne peut nier les effets positifs que cette dernière a pu apporter en termes d’efficacité dans le monde du travail et de confort dans la sphère privée, n’est-elle pas également responsable de la multiplicité des syndromes d’épuisement professionnel au sein des entreprises ?

Deux experts en coaching ont accepté de confronter leurs avis sur la question.

Oui. Un accroissement du temps de travail

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Christine Marsan

Au temps de travail opérationnel et au temps des réunions, s’ajoute désormais l’ensemble des sollicitations digitales qui peuvent être perçues comme un surcroît de travail et comme un stress supplémentaire »

Christine Marsan, psychosociologue, coach et consultante en accompagnement du changement.

Selon une étude publiée en janvier 2015 par l’Institut Great Place To Work, 48 % des salariés seraient aujourd’hui confrontés à une situation de burn-out.
Un phénomène de plus en plus répandu qui, pour Christine Marsan, s’explique en partie par la digitalisation de notre quotidien :

c’est quelque chose qui nous transforme, non pas en tant que pratique ou comportement, mais qui nous bouleverse intérieurement et profondément car il est souvent difficile de caler son rythme biologique sur celui de la machine ».

Le fait d’être joignable à tout moment et partout impose, en effet, de nouvelles exigences aux salariés : celles de répondre dans l’immédiateté avec un rythme plus soutenu. « Chacun pouvant aujourd’hui envoyer des informations à un instant T, cela multiplie les échanges et par conséquent la quantité comme la rapidité », explique Christine Marsan.
La digitalisation provoque ainsi un accroissement du temps de travail.

Au temps de travail opérationnel et au temps des réunions, s’ajoute désormais l’ensemble des sollicitations digitales qui peuvent être perçues comme un surcroît de travail et comme un stress supplémentaire »

précise Christine Marsan.

Enfin, le temps où l’on fermait la porte de son bureau pour rentrer chez soi est désormais complètement révolu. Aujourd’hui les sphères professionnelles et privées ne sont plus réellement indépendantes.

« Si le fait d’avoir cette frontière non poreuse est totalement acquis et intégré pour les plus jeunes, pour qui il est normal d’aller consulter ses mails ou les réseaux sociaux plusieurs fois par jour, il en est souvent tout autre pour les générations plus anciennes, pour qui ces pratiques peuvent être sources de stress », argumente Christine Marsan.

Certaines personnes qui possèdent une conscience professionnelle et une culture de l’entreprise très développées vont ainsi répondre à chaque sollicitation pour se conformer aux exigences managériales ou par peur de perdre leur emploi, et ainsi perdre tout équilibre entre leur vie personnelle et leur vie professionnelle.

Non. Une question de limites

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Corinne Moret

Rien n’empêche le salarié d’exprimer ses besoins et ses ressentis en définissant les créneaux horaires où il peut être joignable par téléphone et ceux auxquels il pourra répondre aux mails »

Corinne Moret, dirigeante du cabinet Coaching et Communication.

Une argumentation que réfute Corinne Moret. Pour cette dernière, tout est en effet question de limites : « En tant que coach, j’utilise l’analyse transactionnelle qui m’a appris à contractualiser, c’est-à-dire à poser un cadre ».
Ainsi, afin de trouver un bon équilibre parmi les nombreuses sollicitations digitales, il peut-être pertinent de s’interroger :

Quel sera le levier d’efficacité de telles ou telles applications, combien de temps cela va-t-il me prendre, combien de temps je souhaite m’y consacrer et à quel moment de la journée ? ».

Le fait de poser des cadres en se posant les bonnes questions permet de ne pas tomber dans les excès et surtout de ne pas se disperser.

Il en va de même dans la sphère privée… Aujourd’hui, nul n’est obligé de consulter ses mails ou de répondre aux appels téléphoniques puisque les boites vocales permettent de conserver les messages.

Rien n’empêche le salarié d’exprimer ses besoins et ses ressentis en définissant les créneaux horaires où il peut être joignable par téléphone et ceux auxquels il pourra répondre aux mails »

rappelle la dirigeante.

Et d’ajouter : « Aujourd’hui, il y a même des entreprises qui interdisent l’accès aux mails à leurs salariés le week-end ou à partir d’une certaine heure le soir. »
Plutôt qu’un facteur de risque de burn-out, Corinne Moret préfère considérer la digitalisation comme un véritable atout professionnel.

L’un des premiers avantages du digital est de simplifier l’accès aux données et aux informations et de permettre ainsi une plus grande efficacité des collaborateurs  »

conclut la coach.

1 commentaire

  1. En tant que salarié qui côtoie la digitalisation quotidiennement, je doute que le burn-out puisse m’affecter.

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