La reconversion professionnelle en voie de disparition ?

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Changer de métier, de carrière, est une idée qui séduit de plus en plus de salariés. Mais tous sont loin de franchir le pas.

Car se reconvertir est souvent assimilé à un parcours du combattant, une voie encore plus délicate à suivre en période de difficultés économiques.
En 2012, est-il encore possible d’envisager une reconversion professionnelle ?

57% des salariés* des grandes entreprises déclarent avoir envie de se reconvertir avant la fin de leur vie professionnelle.

On est en plein dans le paradigme du changement, qui est devenu la norme. La question de l’épanouissement de soi est aussi très présente », analyse la sociologue Catherine Négroni.

Pour autant, les passages à l’acte sont moins fréquents, car « décider de se reconvertir est une vraie décision et qu’elle est toujours réfléchie », souligne l’auteur du livre La reconversion professionnelle volontaire.

« Ça ne se fait pas en claquant des doigts », prévient la coach en développement personnelAnne Ghiloni, qui accompagne des adultes en reconversion. « C’est souvent un chemin long, difficile, semé d’embûches, qui nécessite volonté et détermination. »

Notamment en fin de parcours, lorsqu’il s’agit de retrouver un emploi.

Car si les DRH louent la volonté, le dynamisme et l’adaptabilité des reconvertis, dont ils disent apprécier la richesse des parcours, ils n’en demeurent pas moins frileux à les embaucher.

Le recrutement à la française reste calqué sur l’idée du moule et il est difficile d’en sortir », constate Catherine Négroni.

Une nécessaire introspection

La reconversion professionnelle en voie de disparition ?Attention également à ne pas confondre reconversion professionnelle, changement de métier subi et opportunité de carrière. Le processus d’une reconversion passe généralement par cinq étapes observe la sociologue Catherine Négroni.

Il débute par une prise de conscience, le sentiment de ne plus se sentir à sa place. S’ensuivent des périodes de désengagement au travail puis de latence, propices à la réflexion qui ouvre le parcours sur la bifurcation. Une fois la décision prise, vient le temps de la concrétisation du projet.

« Dans le cas d’un licenciement, l’immédiateté de la situation – trouver vite un autre emploi – est en contradiction avec l’anticipation nécessaire à une reconversion », précise-t-elle.

Une étude Ipsos, menée en 2009, montrait ainsi que seules 25 % des personnes ayant changé de métier l’attribuaient à une cause économique tandis que 57 % l’avaient fait par choix.

En matière de reconversion, l’idée du choix est donc primordiale mais aussi la plus délicate.

« Cela suppose de prendre conscience de ce que l’on veut faire », souligne Anne Ghiloni. « La finalité d’une reconversion est le plus souvent de mettre un terme à un certain mal-être et d’être à nouveau en phase avec son travail. »

Peu importe donc l’âge du candidat, ou la réorientation choisie, l’important étant de se réaliser à titre personnel et professionnel.

« C’est un tout indissociable », ajoute la coach qui insiste sur la nécessité de se poser les bonnes questions. « Après, il faut structurer la démarche pour pouvoir ensuite l’argumenter auprès des recruteurs ».

Pour certains, la reconversion est l’occasion de réaliser un rêve d’enfant ou de transformer une passion en métier. Pour d’autres la maturation peut être beaucoup plus longue.

Adrien Ancel en est l’illustration. Ancien auditeur dans un établissement bancaire, il ne se retrouvait plus dans son métier mais ne savait pas quelle réorientation prendre. « J’ai trouvé ma voie grâce à un bilan de compétences. Il m’a permis de découvrir mon intérêt pour les métiers manuels et de mettre en place mon projet », témoigne-t-il.

Depuis, il a suivi deux années de formation et d’apprentissage en menuiserie et ébénisterie avant d’ouvrir son propre atelier. Il reconnaît que sa reconversion professionnelle n’a pas été évidente sur un plan financier malgré le soutien de son épouse : « il faut être en mesure de financer la période transitoire entre son ancien et son nouveau métier. »

Si cet aspect ne doit pas être négligé selon Catherine Négroni, elle souligne néanmoins la force de l’investissement personnel dans la démarche pour parvenir à mobiliser les ressources nécessaires à l’engagement vers une autre profession.

« Les soutiens familiaux ou amicaux, mais aussi les rencontres significatives sont des supports essentiels », ajoute la sociologue.

Des professions plus propices que d’autres

Certaines catégories de métiers semblent également plus ouvertes à la reconversion professionnelle, notamment celles exigeant des compétences comportementales ou transversales. Chef de projet, manager, consultant, commercial, communicant… ces fonctions, également appelées « méta-métiers », sont effectivement plus facilement accessibles dans le cadre d’une reconversion professionnelle car elles nécessitent souvent moins de connaissances techniques pointues.

Parallèlement, des secteurs en manque de main d’œuvre qualifiée, à l’image des métiers d’art, de l’industrie et de l’informatique, sont également plus ouverts aux profils de reconvertis.

Mais quel que soit le métier et le secteur d’activité, reconversion et cursus d’apprentissage vont de pair. La formation et le diplôme qui la sanctionne sont effectivement bien souvent le sésame d’un changement de métier réussi. Aux yeux des recruteurs, « ils viennent légitimer la démarche » du reconverti, « en lui donnant de la crédibilité », souligne Anne Ghiloni.

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