La réussite professionnelle n’est plus ce qu’elle était

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Au siècle dernier, la vie professionnelle était le catalyseur de la réussite. Il était alors impossible de s’accomplir hors du travail. Du moins aux yeux de la société.
Aujourd’hui, c’est avant tout le bonheur familial qui détermine si l’on a réussi, ou non.

Les années 80 sont bel et bien révolues. Finie l’ère JR Ewing, où la réussite était forcément professionnelle et se mesurait à l’aune du montant figurant au bas de la fiche de paye, et/ou du rang hiérarchique occupé dans l’entreprise. Terminés aussi les sacrifices pour gravir les échelons dans l’espoir de gagner plus. Au XXIe siècle, les Français ont d’autres aspirations.

La réussite professionnelle n’est plus ce qu’elle étaitLeurs priorités ayant changé, ils ont déplacé le curseur de la réussite. « Le travail est une condition suffisante, mais plus nécessaire. L’idée d’accomplissement passe davantage par une vie familiale et sociale épanouie », constate Agnès Balle, directrice d’études à l’institut CSA, qui a collaboré à une enquête sur « Le rapport des CSP+ à la réussite », histoire de connaître la perception des catégories socioprofessionnelles favorisées.

 

Selon ce sondage mené début 2011, avoir une famille heureuse, du temps libre et de vrais amis sont, dans l’ordre, les premiers objectifs à atteindre pour réussir sa vie. L’argent arrive en 5e position, devant « faire une belle carrière » (7e), un critère jugé « très important » par seulement, une personne sur cinq.

 

Un moyen, plus une fin

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La réussite professionnelle est en train de devenir un oxymore », observe François Dupuy, qui trouve que les deux termes s’opposent de plus en plus.

 

Le sociologue des organisations justifie sa figure de style en expliquant que « le travail lui-même est devenu répulsif ».

Plus précaire, moins protecteur et ultra stressant, « les gens s’en sont détachés, allant chercher ailleurs des moyens de satisfaction », considère l’auteur de La fatigue des élites* et Lost in management*.

Interrogés par l’institut CSA sur leur vie professionnelle, la moitié des cadres estime toutefois avoir « très bien » réussi. Ils se réjouissent notamment de l’entente avec leurs collègues et affirment qu’ils s’épanouissent. Ils sont également satisfaits de leur niveau de responsabilité. À l’opposé, les deux domaines où ils estiment le moins réussir sont la place occupée dans la hiérarchie (64 %) et le salaire (60 %), même si les sondés sont plutôt privilégiés en la matière.

Crise de confiance

La rémunération reste la principale attente des salariés, mais n’est plus un critère de réussite », souligne Agnès Balle. Pour François Dupuy, il s’agit simplement d’une « ressource pour vivre la vraie vie ».

La réussite professionnelle n’est plus ce qu’elle étaitL’argent ne serait donc plus un symbole qu’il faut montrer en trophée. Il aurait même acquis une nouvelle dimension. « Au-delà de savoir si l’on en a assez, c’est plus ce qu’on va en faire qui taraude les gens », constate la coach en réussite professionnelle Nathalie Cariou. Les chefs d’entreprise et les salariés qu’elle accompagne sont, pour la plupart, en quête de sens.  Dans leur travail, « ils veulent prioritairement se réaliser, contribuer au monde, se rendre utile, laisser une trace », égrène-t-elle, précisant que ses clients veulent « conserver une certaine éthique ».

Aujourd’hui, les Français n’ont plus envie de renoncer à leurs principes moraux afin de réussir. Ils ne veulent pas non plus sacrifier leur vie de famille, leur temps libre ou leurs rêves pour atteindre leurs objectifs professionnels. « Avant le début du chômage de masse, les travailleurs étaient prêts à s’investir, à faire des compromis, car ils avaient des plans de carrière », rappelle Agnès Balle. « Les crises successives sont passées par là, et ils ont perdu leur confiance en l’entreprise. »

PME versus grands groupes

Autre signe de cette défiance, les salariés ne comptent pas seulement sur leurs compétences, ni sur leurs diplômes pour réussir professionnellement. Ils sont en effet 55 % à considérer que « les relations et le réseau » constituent leur principal atout.
Selon l’étude CSA, ils sont par ailleurs convaincus de ne pas avoir la « capacité à se mettre en valeur » et de devoir surtout faire preuve de persévérance et de détermination.

Malgré ces difficultés, les salariés sont encore nombreux à associer leur réussite personnelle à celle de leur entreprise. 59 % d’entre eux trouvent ainsi que faire carrière dans une société est plus un signe de réussite que monter sa propre société. En l’occurrence, ils sont 62 % à répondre que les PME cadrent mieux à leurs aspirations que les grands groupes.

Nathalie Cariou n’est pas étonnée. « La pression dans les grandes entreprises est de plus en plus dure à supporter », remarque-t-elle. « Les relations y sont également plus confrontationnelles », ajoute François Dupuy. Pour autant, « trois-quarts des actifs se déclarent heureux dans leur travail », conclut Agnès Balle.

* Editions du Seuil 2005 et  2011

Geoffrey Dirat

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