La vie de bureau n’a rien d’un long fleuve tranquille

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Quand on leur pose la question, trois Français sur quatre répondent spontanément qu’ils sont heureux au travail.
Mais lorsqu’on les entend parler autour de la machine à café, entre amis ou en famille, leur quotidien au bureau semble moins rose.

Première ombre au tableau et principal objet de griefs sur le lieu de travail : les collègues. Logique, puisqu’ils sont aussi les premiers déterminants du bonheur au travail, selon un
sondage ViaVoice.

« On passe plus de temps avec eux qu’avec notre famille. Ils deviennent malgré nous des intimes », observe Alexandre Dubarry, fondateur du cabinet de conseil Quatre épices et auteur du livre Comment dire à un collègue qu’il sent mauvais sous les bras.

Alexandre Dubarry

Alexandre Dubarry

« A force, ils finissent par user notre patience », ajoute-t-il.

D’autant plus qu’à l’inverse d’une bande d’amis, on ne choisit pas ses collègues, on les subit.

Parmi les insupportables, on retrouve le grincheux qui se plaint de tout et rien, le Monsieur ou la Madame Je-sais-tout, la pipelette qui a son avis sur tout, le lèche-bottes qui joue à l’espion, ou encore l’humoriste raté, le perfectionniste maladif, etc.

« L’entreprise est le reflet de la population, c’est normal qu’on y retrouve des lâches, des sadiques, mais aussi des gens biens », signale le psychosociologue Gilles Azzopardi.

L’auteur du livre à paraître « Je bosse avec des cons et des manipulateurs, mais je le vis bien », remarque que ces collègues insupportables sont de plus en plus pénibles :

La peur de se faire virer, la pression des résultats et le stress qui en résulte font ressortir les mauvais côtés des gens».

Il existe cependant des solutions pour éviter ces mésententes. « Les choses se passent mieux ensuite si les collaborateurs sont impliqués dans le recrutement et se co-choisissent », explique Alexandre Dubarry.

Il y a aussi des outils pour recruter par affinités, indique Gilles Azzopardi. « Les recruteurs ont les moyens de détecter les profils problématiques, ceux qui pourraient bien s’accorder, poursuit-il. Mais encore faut-il qu’ils s’en donnent la peine ».

Ces petits détails qui font la différence

Autre sujet de critiques : l’environnement. L’open space trop bruyant, la climatisation trop froide, le réseau informatique trop lent, la nourriture au resto d’entreprise, la propreté des toilettes…

Ce sont peut-être des détails, mais des détails précieux, souligne Alexandre Dubarry. Comme on passe huit heures par jour au bureau, ils participent au confort et au bien-être professionnel et ce sont ces petits riens qui font la différence ».

Gilles Azzopardi

Gilles Azzopardi

Le travail en lui-même et son encadrement reçoivent également leur lot de critiques.

Les tâches monotones, les réunions « perte de temps » (65 % des salariés jugent la moitié d’entre elles inutiles) et les petits chefs incompétents sont souvent réprouvés.

«Avant, les cadres faisaient leur boulot à plein temps. Aujourd’hui, observe Gilles Azzopardi, ils travaillent 20 à 30 % de leur temps. Le reste, ils le passent à faire de la politique, de la diplomatie, du relationnel, à prévenir et désamorcer les conflits. Car si le travail s’est déshumanisé, l’humain au travail est devenu plus compliqué à gérer».

Dans son cabinet, Brigitte Font Le Bret, psychiatre travaillant depuis plus de 25 ans sur les questions de souffrance au travail, constate elle que l’immense majorité des salariés sont dévoués.

«On engage une partie de soi-même au boulot. C’est une relation personnelle, souvent passionnelle. Il faut donc un management qui permette de bien faire son travail et qui laisse une part d’autonomie. Or, la tendance est plutôt à la réduction de la marge de manœuvre des employés».

Le travail peut alors devenir un véritable carcan et renforcer un sentiment de perte de sens de plus en plus partagé.

Soigner le travail

Brigitte Font Le Bret

Brigitte Font Le Bret

En revanche, ce dont ses patients lui parlent beaucoup moins facilement, c’est de ce qui les rend réellement malheureux, rapporte Brigitte Font Le Bret.

C’est l’indifférence qui blesse vraiment les salariés, alors qu’un regard, un compliment ou un merci suffit à les rendre heureux. »

Elle cite aussi le malaise éthique dont souffrent ceux qui sont contraints de mal faire leur travail, de tricher ou ceux qui savent qu’ils vendent des produits et des services de mauvaise qualité.

 Ça vient heurter leur morale en les faisant souffrir intimement».

La psychiatre est ainsi convaincue que «ce ne sont pas les salariés qu’il faut soigner, mais bien le travail lui-même. »

Selon elle, il ne sert donc à rien d’externaliser les problèmes du travail chez les psychologues, « qui ne peuvent pas tout résoudre».
Elle plaide plutôt pour que l’on réintroduise la parole collective au sein des entreprises.

« Les conflits stérilisent tout le monde alors qu’ils sont faits pour faire avancer », insiste de son côté Gilles Azzopardi. Notamment avec ces collègues qui nous tapent sur le système.

« Il faut prendre un peu de recul et se dire les choses en toute franchise, conseille Alexandre Dubarry. Les gens réagissent mieux qu’on ne l’appréhende».

1 commentaire

  1. Je suis d’accord que les petits détails ont une grande importance.
    Nous passons tellement de temps au travail qu’il faut justement tenir compte de ces petits détails : du bon matériel, un bon environnement sont des points essentiels selon moi et participent à l’efficacité du travailleur.

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