Quels sont ces nouveaux contrats qui ont le vent en poupe ?

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vignette-dossier-NL#6-2016La crise a impacté durablement les entreprises et leur pérennité économique. Pour faire face au ralentissement des embauches et à l’arrivée sur le marché des nouvelles générations, les travailleurs n’hésitent plus à se diriger vers d’autres formes de contrat : freelance, auto-entrepreneur ou même portage salarial.

Qui embrasse vraiment ces nouveaux statuts ? Sont-ils plus avantageux que celui de salarié ? Se dirige-t-on vers la fin du CDI au profit d’un nouveau modèle ?

Comme le prouvent les chiffres, l’emploi non salarié n’est pas un phénomène nouveau en France. Ils étaient 3,6 millions dans ce cas en 1980, 2,3 millions au début des années 2000 pour remonter progressivement jusqu’à 2,8 millions en 2015. Comment expliquer dès lors l’engouement actuel du travail indépendant ?

Mireille Bruyère

Mireille Bruyère

Pour Mireille Bruyère, Maître de conférences en économie à l’université de Toulouse 2 et membre des économistes atterrés :

Il s’agit entre autres d’un phénomène minoritaire mais très dynamique qui attire donc les regards. En parallèle, les politiques mettent en place les conditions nécessaires à ces formes contractuelles de travail. Ces évolutions se font parce qu’il existe des réformes du droit donnant accès à ces contrats plus souples ».

Une réponse considérée comme un remède à la crise et au manque de vision à long terme des entreprises, tant du côté des carnets de commande que des recrutements. Mais ce n’est pas tout…

Un contexte générationnel et technologique

Autres moteurs de cette tendance : une certaine complexité à intégrer le marché de l’emploi en CDI pour les jeunes, ou à le retrouver pour les plus âgés, conjuguée à l’émergence plus que croissante du numérique dans l’économie. Un secteur en pénurie de main-d’œuvre sur lequel se braquent particulièrement les regards.

André Assouline

Alain Assouline

Mais penser le numérique comme étant seulement l’informatique est une erreur. Le numérique est bien plus large, une très vaste majorité des pratiques professionnelles quotidiennes sont désormais concernées. Émergent dans le même temps des plateformes de mises en relation en plus de ceux qui révolutionnent les business models classiques comme Uber ou Airbnb. »

témoigne Alain Assouline, fondateur du réseau d’écoles WebForce3 et président de l’agence de communication Les Argonautes.

Autant de changements qui favorisent l’apparition et l’activité des auto-entrepreneurs, des freelances, des professionnels du portage salarial ou encore des slashers. En d’autres termes, ceux qui décident de cumuler différents contrats, souvent un job alimentaire en plus d’une activité indépendante.

B_Ducoudre

Bruno Ducoudré

Donner des cours ou intervenir comme consultant par exemple. Dans certains métiers, la complémentarité des activités est naturelle alors que pour d’autres cas comme les activités culturelles et artistiques, c’est davantage la nature et la fréquence de l’activité qui les poussent à y avoir recours. »

observe Bruno Ducoudré, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Le web : un contexte à part

Développeurs, communicants… Pour ces derniers, qui œuvrent régulièrement par projet faisant fi au passage d’une hiérarchie qu’il juge souvent contraignante, s’émanciper de l’entreprise ne tient souvent qu’à une connexion Internet.

D’autant qu’ils gagnent souvent mieux leur vie comme cela, ajoute Alain Assouline. Sur les 80 % qui trouvent un emploi à l’issue de nos formations, 40 % deviennent freelances de leur propre chef. Les entreprises augmentent elles aussi leurs marges en ayant recours à ces profils en cas de pic d’activités temporaires notamment. »

En parallèle, les digital natives n’ont quant à eux parfois pas connu le monde de l’entreprise. Ou alors, dans des termes négatifs. L’intensification du travail et la recherche de sens ont fait naître chez eux l’idée qu’il soit possible de réaliser une carrière épanouissante sans elle.

Le CDI a (certainement) encore de beaux jours devant lui

Si certains acteurs profitent pleinement de ces nouvelles pratiques, les dérives restent courantes. Certains indépendants  se retrouvent dans des situations de dépendance forte et donc, corvéables à merci.

Une activité en autoentrepreneuriat peut en fait masquer une relation salariale et donner lieu à une requalification de l’auto-entrepreneur en salarié devant les tribunaux »

relève Bruno Ducoudré.

Sans parler des problèmes de protection sociale ou bien des systèmes de cotisation de retraite par rapport au statut de salarié qui octroie une stabilité face aux choix plus personnels : achat immobilier, création d’une famille…

Ainsi, difficile d’imaginer une société d’entrepreneurs individualisés qui contracteraient librement sans réels changements profonds de leurs conditions de travail. Si une partie des professionnels adoptent ces modèles, volontairement ou de manière alternative à la recherche d’emploi classique, ce n’est pas la norme.

En aucun cas nous ne nous sommes proche d’une norme sociale généralisée. D’autant que les plus grandes productivités se trouvent encore dans les grandes entreprises »

indique Mireille Bruyère.

A un niveau macro-économique, le CDI ne tend donc pas à disparaître. Et sauf rupture soudaine, imprévisible, il aurait même encore de beaux jours devant lui.

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