L’optimisme a-t-il toujours une influence positive sur son équipe ?

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L’optimisme est souvent vu comme une qualité indispensable dans le monde du travail, permettant de motiver les troupes et d’aller au bout de projets complexes. Mais existe-t-il un revers de la médaille, des aspects de cette philosophie qui peuvent avoir un impact négatif sur l’équipe et l’entreprise ? Les avis de deux expertes.

Oui, l’optimisme crée un environnement positif et motive

Mathilde Le Coz

Je suis convaincue qu’il est plus agréable de travailler dans un environnement positif. L’optimiste voit le verre à moitié plein, ce qui entraîne une ambiance joviale et crée des relations interpersonnelles constructives. »

Mathilde Le Coz, directrice développement des talents et innovation RH de Mazars.

Mathilde Le Coz estime que l’optimisme est d’abord une façon de créer un environnement de confiance favorable à la capacité d’expression et propice au droit à l’erreur.

Un manager optimiste va mettre en confiance. Quand il y a une erreur, j’essaie de voir le côté positif. Cela aide à lever la censure et permet aux membres de l’équipe d’exprimer plus facilement leurs idées. L’optimiste encourage à penser différemment, même s’il faut aussi faire attention à ne pas minimiser les difficultés et les craintes. »

Il peut aussi y avoir quelque chose d’utopique derrière la notion d’optimisme : les optimistes voient que tout est possible. Or, par définition, la créativité exige d’être capable de penser « out of the box », d’autoriser à lever les freins, de s’affranchir des codes préexistants.

La positive attitude est synonyme de créativité et aide ainsi à investiguer des chantiers compliqués, à sortir des sentiers battus et, face à un échec, à dire « Ce n’est pas grave, on va essayer autrement. »

L’optimisme est enfin particulièrement utile dans la conduite du changement et dans les contextes de transformation.

C’est l’un des facteurs essentiels pour réussir dans ces situations. On sait que changer ses habitudes de travail n’est pas naturel, on peut facilement avoir tendance à se focaliser sur les problèmes qui se profilent à l’horizon. Avoir des personnalités optimistes permet de créer une dynamique positive, de faire face aux obstacles plus facilement et d’aller jusqu’au bout de la démarche. Ce sont des profils qui ne s’essoufflent pas au premier point négatif. »

En bref, l’optimisme est source de créativité et permet de créer un environnement favorable qui aide à motiver les équipes et à surmonter les obstacles.

Non, l’optimisme n’est pas toujours positif, il a ses inconvénients

Elodie Batonnet

L’optimisme n’est pas une question d’extraversion, il peut passer plus ou moins inaperçu. Résultat : on ne se comprend pas, et on perd le potentiel à travailler ensemble. Il peut y avoir des réflexions comme « je ne comprends pas pourquoi tu ne vois pas le mal, pourquoi tu ne vois pas que notre entreprise est en crise. »

Elodie Batonnet, psychologue orientation et travail.

D’après Elodie Batonnet, l’un des principaux problèmes lié à l’optimisme est qu’il soit érigé comme une norme.

Si vous tapez « optimisme » dans un moteur de recherche, vous ne verrez quasiment que des articles positifs, c’est devenu une norme. Personne n’imagine arriver dans le monde du travail en disant être pessimiste, cela risque de ne pas passer ! L’optimisme n’est pas qu’un trait de personnalité, c’est aussi une attente sociale, ce qui signifie que même ceux qui ne sont pas naturellement optimistes peuvent vouloir se faire passer comme tel. Et à partir du moment où vous vous définissez comme quelque chose qui ne vous correspond pas, cela peut mener à des tensions internes, être créateur de stress et contre-performant. »

Sans oublier un phénomène bien connu : celui de l’optimisme irréaliste.

Un vrai optimiste peut avoir tendance à interpréter les événements négatifs comme étant positifs et à sous-estimer les risques, ce qui peut être dangereux dans la sphère professionnelle. En minimisant les événements négatifs, le collaborateur se sent mieux d’un point de vue personnel, mais au niveau de l’entreprise, cela peut poser problème et amener à répéter un échec. »

Le mélange des personnalités optimistes et pessimistes peut par ailleurs créer des incompréhensions globales. Cela peut générer des phénomènes de groupe, certains groupes faisant preuve de pessimisme car ils sont plus exposés à certains risques, ou de l’incertitude en lien par exemple à la précarité.

Pour illustrer, dans un groupe industriel où la communication métier est très positive et fait passer un message de confiance en l’avenir, les collaborateurs occupant des fonctions support seront sûrement plus optimistes quant à l’avenir, alors que les personnes occupant des postes plus techniques, qui ont une vue différente sur la pérennité de l’activité, pourront être certainement plus pessimistes. Cela peut générer des tensions et avoir des effets globaux sur l’entreprise. »

Au final, si l’optimisme a un impact positif au niveau individuel et collectif, notamment en termes de performance, le manque de réalisme et le biais optimiste ont des effets moins désirables au niveau collectif. En particulier dans les situations dont les enjeux nécessitent une pleine conscience des risques pris.

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