Oui, les robots vont nous piquer nos emplois !

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Maintenant que nous avons crevé l’abcès, réfléchissons ensemble. Car au final, la robotique et l’emploi, c’est un peu une réponse de normand : peut-être que oui, peut-être que non…

Par Jade Le Maitre

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Jade Le Maitre

L’arrivée de l’automobile a fait s’effondrer l’industrie du cheval. Le cheval qui était utilisé comme énergie, comme moyen de locomotion, est passé au rang de loisir coûteux.

100 00 emplois détruits à l’époque, un vrai massacre, sauf si on considère qu’1 million d’emplois existent actuellement grâce à cette nouvelle industrie, rien qu’en France : c’est ce que Joseph Schumpeter appelle la « Destruction Créatrice ».

L’arrivée de l’ordinateur ? Même schéma : une feuille de calcul Excel a remplacé 100 personnes faisant des additions à la main dans une pièce mal éclairée.

Internet ? N’en parlons même pas. Entre Amazon qui tue les libraires, Uber qui renverse la profession des taxis… Mais soyons réalistes : quelle entreprise actuellement, peut exister sans ordinateur, ni internet ? Ce sont des outils pervasifs, qui soutiennent notre société dans son entier, tout comme l’automobile (par extension le moteur à explosion, l’énergie non animale).

La robotique suit le même schéma : cette technologie pervasive va permettre d’améliorer nos conditions de travail… et de nous délester des travaux les plus pénibles.

Un robot, c’est 3 choses essentielles : des capteurs (nos 5 sens), des actionneurs (l’équivalent de nos bras et jambes, ce qui nous permet d’avoir une action sur notre monde), et un cerveau (ce que nous avons normalement entre nos deux oreilles).

En tant qu’humains, nous sommes très doués en perception (toucher, vue, ouïe au top !), et en action (merci les pouces opposables et la motricité fine), nous avons un peu de mal au niveau de la décision, car notre supercalculateur à nous est pollué par nos émotions et notre éducation. Les décisions rationnelles, ce n’est pas notre spécialité.

Un robot, c’est un peu l’inverse : prise de décisions hyper rapide, action précise… mais il pèche au niveau de la perception : rien n’est plus différent d’une pomme de terre qu’une autre pomme de terre. Un robot apprend à percevoir son environnement en apprenant par cœur des bases de données de photos : nous cherchons encore celles des pommes de terre !

Plus sérieusement, un robot est fait pour être efficace dans un environnement « structuré », c’est à dire sans imprévu – une chaîne de montage, par exemple. Dès qu’un robot est confronté à un environnement non structuré (ma cuisine, un champ, une rue), il devient moins efficace.

Nous voyons alors l’émergence d’une des grandes tendances de la robotique : la Cobotique, ou robotique collaborative.

Prenez le meilleur des deux mondes : l’efficacité d’un robot, et la perception d’un humain, faites-les travailler ensemble et vous résoudrez vos problèmes robotiques et humains. Dans les usines, la cobotique soulage les humains (port de charges lourdes, atténuation des vibrations d’un outil). Ailleurs, l’humain télé-opère des robots afin d’effectuer des tâches dans des environnements nocifs (centrale nucléaire, fosse sous-marine). Le robot peut être rempli d’huile pour résister à la pression des grandes profondeurs, lui.

Mais ne nous leurrons pas : la cobotique n’est pas applicable partout : les cobots industriels, par exemple, doivent être plus lents pour travailler avec les humains, et leur design fait qu’ils sont moins précis que leurs grands frères installés dans des cages sécurisées.

Des emplois seront remplacés par des robots, à court, moyen et long terme. Est-ce forcément un mal ? Si un robot me pique mon travail, c’est que je fais un travail de robot.

Cela pose une question presque philosophique : en voyant tous ces robots qui ont pour vocation de prendre soin de mes grands parents, de raconter une histoire à mes enfants, de surveiller ma maison quand je suis au travail… Ne vaut-il pas mieux que le robot me prenne mon emploi (de robot), et me donne du temps pour m’occuper des humains qui me sont chers ?

Ou dois-je continuer à travailler pendant qu’un robot prendra soin de ma famille ?

La robotisation va changer la manière dont notre société vit, tout comme internet l’a fait il y a quelques années.

Préparons-nous à tirer le meilleur parti de notre humanité.

Le coup de cœur de Jade Le Maitre
L’exposition Innorobo à Paris.

jade-bioJade Le Maitre

Jade Le Maitre est la synthèse parfaite de l’esprit communautaire des technologies web et de la pensée scientifique. Ingénieur diplômée avec un doctorat en robotique, Jade est résolument active dans les réseaux sociaux scientifiques dédiés aux technologies disruptives. Elle est passionnée de robotique, des fablabs, du courant Maker / DIY émergent.

Twitter : https://www.linkedin.com/in/jadelemaitre
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1 commentaire

  1. Le seul souci avec la « destruction créatrice » qui replace des emplois obsolètes par d’autres est que ce sont très rarement les titulaires des emplois supprimés qui se reconvertissent pour prendre les nouveaux métiers créés…
    Si les ouvriers sidérurgistes de Lorraine étaient devenus des ingénieurs roboticiens, ça se saurait.
    J’ai l’impression qu’on demande une agilité toujours plus grande aux employés qui doivent être capables de se reconvertir pour affronter chaque nouvelle révolution technologique.

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