Le coaching sportif est à la mode dans les entreprises

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Dans les années 90, le sport s’est inspiré de l’entreprise pour se structurer et se professionnaliser. Aujourd’hui, c’est au tour des entreprises de s’intéresser au coaching sportif.
Décryptage d’une tendance qui s’installe dans la gestion des ressources humaines.

Esprit d’équipe, respect des règles du jeu, de l’adversaire, cohésion du groupe, objectifs partagés, dépassement de soi, le collectif prime sur l’individu… Les similitudes entre le monde de l’entreprise et celui des sports collectifs sont multiples, et elles ne sont pas que sémantiques. « Ces analogies sont bien réelles », confirme Lionel Bellenger.

Lionel Bellenger

Lionel Bellenger

Selon le consultant, auteur du livre « Comment managent les grands coachs sportifs » (ESF Éditeur), il existe « une réalité assez sensible entre la manière d’exercer le leadership en entreprise et la façon dont les coachs mènent leur équipe à la réussite. »

Cette proximité dans la forme s’est renforcée sur le fond ces dernières années avec la professionnalisation du sport. À tel point qu’aujourd’hui, il est devenu courant qu’un entraîneur de haut niveau ou un champion vienne partager son expérience, parler de ses motivations, témoigner de ses réussites lors de grands-messes, de conventions ou dans le cadre de séminaires de formation.

Au-delà du caractère plus ou moins « original » de ces interventions, comment s’explique l’intérêt des professionnels des ressources humaines pour le coaching sportif, perçu par certains comme un idéal managérial ?

Il y a certes un effet de mode, mais pour Lionel Bellenger, cet attrait trouve surtout son origine dans les limites atteintes par le modèle traditionnel de l’autorité hiérarchique. Et donc par la nécessité de le remplacer.

Le manager ne peut plus se contenter de donner la marche à suivre, car il n’a plus d’autorité naturelle », observe le consultant. « On lui demande désormais d’exercer une influence, de favoriser la cohésion entre ses collaborateurs, d’entretenir leur motivation et d’être proche d’eux. »

Des aptitudes partagées par la majorité des entraîneurs qui s’impliquent dans la vie de leur groupe, sont à l’écoute de leurs joueurs et les font progresser pour, in fine, rendre leur équipe plus performante.

L’humain au centre de la mêlée

Ce besoin de renouveau dans la gestion quotidienne des ressources humaines n’est pas la seule explication à l’engouement autour du coaching sportif. Avec sa double casquette de maître de conférences en management à l’Université Lyon 1 et d’entraîneur du Rugby Club Massy Essonne, Olivier Nier constate :

Olivier Nier

Olivier Nier

« en entreprise, il y a peu d’objectifs collectifs à atteindre. Les entretiens sont individuels, les indicateurs de performance aussi, et les objectifs sont généralement fixés unilatéralement. »

Résultat, les salariés sont déresponsabilisés et ils ne s’impliquent pas.

Tout l’inverse d’une équipe de rugby. Dans son sport, le coach a en effet un rôle de meneur d’hommes qui doit faire adhérer ses joueurs à un projet collectif en s’appuyant sur des valeurs communes et en tenant compte des forces et faiblesses de chacun.

Une ligne de conduite qui séduit les entreprises et dont tout bon manager gagnerait à s’inspirer, estime Olivier Nier :

L’humain, c’est la base. Il faut connaître personnellement ses collaborateurs, les consulter et les faire participer à la définition de l’objectif pour ensuite estimer le potentiel de l’équipe au regard de cet objectif. »

Faire du sport plutôt qu’en entendre parler

Les vertus du coaching sportif, Béatrice Barbusse ne les remet pas nécessairement en cause, même si la maître de conférence en sociologie à l’université Paris Est Créteil souligne qu’au travail, « on gère M. et Mme tout le monde, et non pas des sportifs de haut niveau envers lesquels on peut être bien plus exigeant ».

Beatrice Barbusse

Beatrice Barbusse

L’ex-handballeuse et ancienne présidente de l’US Ivry Handball se montre plus sceptique quant aux prestations des entraîneurs en entreprise.

« Elles permettent de sortir les managers de leur cadre habituel, mais qu’en retirent-ils concrètement à plus long terme ? », se demande-t-elle, convaincue que ces interventions ponctuelles servent avant tout l’image des employeurs.

Ces limites, Olivier Nier ne les nie pas : « À la différence d’un coach, le manager ne choisit généralement pas ses collaborateurs. Comme les salariés ne sont pas naturellement des compétiteurs, ce n’est pas toujours évident de les impliquer. »

Le risque étant par ailleurs de vouloir « pousser la logique sportive à l’extrême, et ainsi pressuriser les équipes à outrance », signale Lionel Bellenger.

Au lieu d’entendre parler de management sportif, ou de vouloir le reproduire, Béatrice Barbusse conseille plutôt de faire pratiquer une activité sportive à l’occasion de journée team building.
«Un sport collectif, c’est idéal pour travailler la cohésion et l’esprit d’équipe autour d’un objectif commun», explique-t-elle avant le louer également les vertus de la randonnée pédestre.

Quand on marche pendant quatre ou cinq heures, on est obligé de parler et à l’arrivée, on finit par se connaître».

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