Le CDI est-il mort ?

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Notre société et notre économie se transforment, c’est une chose acquise. Sous l’impulsion des technologies, de nouveaux acteurs, mais également sous la pression de nouveaux comportements et attentes du citoyen et du client, un grand nombre de choses que l’on croyait acquises, gravées dans le marbre, immuables, sont en train de voler en éclat sous nos yeux.

Conséquence logique, le monde du travail est, lui aussi, en pleine réinvention. Nous vivons une époque particulière où nous devons réinventer dans un laps de temps très bref une grande partie des concepts et outils qui avaient parfaitement rempli leur office pendant des décennies. A commencer par le sacro-saint CDI dont, aux dires de beaucoup, la fin est proche…

par Bertrand Duperrin

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Bertrand Duperrin

 

Aujourd’hui le mot « uberisation » est sur toutes les lèvres mais il est important de savoir ce qui se cache derrière ce mot valise. Un élément majeur est ce qu’on appelle « l’économie à la demande » : le consommateur – que nous sommes tous – préfère l’usage à la possession et désire ne payer que pour le service dont il a besoin quand il en a besoin. On attend des entreprises, dont nous sommes clients, adaptabilité, flexibilité et paiement à l’usage.

Cette transformation profonde des modes de consommation, qui semble bien partie pour durer, n’est pas sans impact sur la gestion du capital humain. Pour être flexible face au client, on doit l’être en interne avec une force de travail dynamiquement dimensionnelle quasiment en temps réel. Cela soulève nombre de débats sur l’avenir du travail salarié mais, derrière cela, il est déjà clairement entendu que dans cette économie en forte croissance et dont certains prédisent qu’elle deviendra la norme, le CDI n’a, par essence, plus sa place.

Assez ironiquement d’ailleurs, cela renvoie chacun à sa responsabilité de consommateur et au fait de décider à quel point nous sommes prêts à accepter l’impact sur nos emplois, des modes de consommation que, par ailleurs, nous voulons voir se généraliser.

Mais, ce que d’aucuns voient comme une perte est une opportunité pour d’autres. L’entreprise a perdu de sa superbe depuis les années 50 et son capital confiance auprès de la population est au plus bas. De plus, les nouvelles générations ont bien intégré le fait que l’emploi garanti à vie n’était plus une promesse que l’entreprise pouvait crédiblement faire à ses collaborateurs. Intégrant la nature imprévisible du monde du travail dans leur réflexion de carrière, de plus en plus décident de faire carrière hors de l’entreprise. Aujourd’hui, la technologie permet à un individu d’exister en tant que professionnel, d’avoir à titre personnel les mêmes outils de travail qu’une entreprise donne à ses salariés (ce qui était impensable en 2000…). La possibilité d’organiser son travail comme on l’entend, de travailler d’où l’on veut correspond à des attentes réelles d’une partie de la population, souvent des jeunes, mais pas uniquement. Avoir plusieurs clients est finalement vu comme plus sécurisant que de n’avoir qu’un seul employeur.

De son côté, l’entreprise a besoin de « sécuriser » un certain nombre de ressources clé en cette époque de réinvention, celles qui sont capables d’être pertinentes et l’accompagner dans ce qu’on appelle aujourd’hui la transformation digitale.

Le CDI est ici un gage donné au collaborateur qu’on investit sur lui, mais on constate souvent le paradoxe suivant : les talents que l’entreprise aimerait tant conserver à son service exclusif en interne sont de plus en plus ceux qui préfèrent conserver leur indépendance… !

Alors, mort le CDI ? Certainement pas et en tout cas pas à court terme. Par contre, il va cesser d’être la norme et sera réservé à une population « critique », le reste de la force de travail devant adopter des modèles plus flexibles et adaptables, travail temporaire, CDD ou entrepreneuriat.

S’il semble que cette configuration nouvelle ne fera pas trop débat pour les générations futures qui auront intégré l’évolution de la société, c’est pour autant un vrai sujet pour les populations actuelle qui n’ont pas nécessairement la culture ni la « boite à outils » pour vivre ce changement de statut. Il va falloir, pendant encore des années, gérer cette période « grise » où les demandeurs de CDI seront ceux qui ne s’en verront plus proposer et où ceux à qui on les offre, ont des velléités d’entrepreneuriat.

Mais finalement, est-ce le vrai sujet ? Tout montre aujourd’hui que le sort du CDI semble déjà être acté dans les esprits.

Par contre, c’est du sort du travail salarié et du travail tout court qu’il importe de se préoccuper. L’uberisation pose la question de la fin du travail salarié, soit. Mais on voit déjà des robots et des intelligences artificielles remplacer à une échelle de plus en plus grande, cols bleus et, c’est une première, cols blancs. Cela va faire disparaitre des emplois et des métiers et en créer d’autres qui vont nécessiter des compétences encore rares aujourd’hui.

C’est à cette transition qu’il faut penser dès aujourd’hui car elle est infiniment plus profonde et, surtout, parce qu’elle a déjà commencé.

Le coup de cœur de Bertrand Duperrin
La vidéo Humans Need Not Apply

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Bertrand Duperrin

Bertrand Duperrin

Bertrand Duperrin est responsable du pôle Transformation Digitale chez Emakina France. Il y est en charge du développement de l’activité, de la méthodologie et de l’accompagnement stratégique des clients. Après avoir principalement fait carrière dans le conseil RH, management et le domaine du logiciel collaboratif, il a rejoint Emakina pour proposer à ses clients un accompagnement dans leur transformation digitale, reposant à la fois sur l’expérience client et la capacité à aligner et engager l’interne face aux changements en cours.

Twitter : https://twitter.com/bduperrin?lang=fr
Linkedin : https://www.linkedin.com/in/bertrandduperrin

1 commentaire

  1. Vous ne vous rendez pas compte que cette vision de l’avenir où les « bons » seraient courtisés tandis que les autres prendraient ce qu’on leur donne, est particulèrement angoissante pour nos jeunes.
    D’ailleurs, on retrouve chez eux cette dichotomie: une minorité pensent faire partie de l’élite -souvent de par leur origine sociale- et tentent se forger une mentalité de gagnant, c’est à dire d’égoiste, tandis que l’immense majorité avance à reculons vers le monde du travail, qu’ils abordent avec des sous-emplois (MacDo, Carrefour) dont l’ambiance les conforte dans leur rejet.
    Quoique les « confortablement installés » en pensent, ils ne rêvent que de renverser la table: il y a trente ans, quand on manifestait, on haïssait les casseurs. Pour les jeunes d’aujourd’hui, ce sont presque des héros. Ca devrait faire réfléchir autrement que par constat purement économique.

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