Les jeunes diplômés sont-ils assez armés pour réussir dans l’entrepreneuriat ?

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Selon le dernier Baromètre du Mouvement pour les jeunes et les étudiants entrepreneurs (Moovje) réalisé en 2015, 34 % des étudiants et lycéens professionnels entendent créer leur entreprise. En une décennie, le nombre d’entreprises créées par des jeunes de moins de 30 ans a ainsi triplé. Mais si l’intention est là, les jeunes diplômés ont-ils réellement toutes les cartes en main pour mener leur « petite entreprise » sur la voie du succès ?

Deux experts en entrepreneuriat ont accepté de confronter leur point de vue.

Oui. Les jeunes entrepreneurs sont encadrés

Jean-Michel Ledru

Il faut dire que contrairement à leurs parents qui devaient se débrouiller seuls, la nouvelle génération arrivant sur le marché du travail dispose aujourd’hui de tout un panel de structures pour les accompagner dans la création d’entreprise »

Jean-Michel Ledru, directeur de l’incubateur de l’EDHEC Lille.

Selon une étude de la Conférence des Grandes Écoles, en 2016, 4,1 % des diplômés étaient en création d’entreprise. Si ces chiffres sont certes beaucoup moins élevés que ceux du salariat, l’attrait pour le monde de l’entrepreneuriat est bien réel chez les jeunes diplômés. Il y a 15 ou 20 ans, le symbole de la réussite était celui d’un cadre supérieur d’une grande entreprise gravissant les échelons. Aujourd’hui, les mentalités ont évolué et les jeunes créateurs d’entreprises font figure de nouveaux modèles. Le contexte économique a également changé la donne : avec un taux de chômage élevé chez les moins de 25 ans, les attentes ne sont plus les mêmes et les jeunes diplômés ne sont plus en quête de l’entreprise où faire carrière. D’où cette volonté de créer dans une société versatile leur propre entreprise fidèle à leurs valeurs.

Ainsi, la plupart des étudiants, et ce quelles que soient leurs filières, disposent aujourd’hui d’écosystèmes qui sont là pour les aider, les conseiller, les orienter et même les accompagner dans leur recherche de financement dès lors qu’ils ont un projet de création d’entreprise. On retrouve par exemple des incubateurs dans la majorité des grandes écoles. Autre source d’aides non négligeables : les PEPITE.

Ces Pôles étudiants pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat, créés en 2014 dans le cadre de la mise en place du nouveau statut national étudiant-entrepreneur, ont pour vocation au niveau régional d’identifier les jeunes créateurs d’entreprises et de leur proposer des solutions pour les accompagner et les financer », explique Jean-Michel Ledru.

La nouvelle ambition entrepreneuriale des jeunes diplômés est également portée par de nouvelles formations spécifiquement dédiées à la création d’entreprise.

Pour être pleinement efficaces, ces nouveaux programmes d’entrepreneuriat doivent être conçus sur le modèle du Lean Startup – approche basée sur la détection de problèmes et résolution de besoins – afin que ces derniers soient au plus près des besoins du marché », précise-t-il.

Avec la multiplication d’associations telles que 100 000 entrepreneurs ou Entreprendre Pour Apprendre qui ont vocation à transmettre la culture d’entreprendre dès le collège, il est fort à parier que cet engouement pour la création d’entreprise au sein de la nouvelle génération va s’amplifier dans les années à venir. Le mouvement des jeunes entrepreneurs est désormais en marche !

Non. La formation ne remplace pas l’expérience

Laurent Allias

Un point de vue que ne partage pas Laurent Allias, cofondateur du Cercle des Jeunes entreprises et de Josiane, une agence de publicité qu’il a créée à seulement 26 ans.

Il existe tellement de concurrence avec la myriade de start-up créée chaque année que si l’on ne possède pas une connaissance très précise et affinée du marché convoité, il y a environ 1 chance sur 10 de réussir »

Pour ce jeune entrepreneur, s’il y a encore 10 ans, il était possible de réussir son projet de création d’entreprise dès la sortie de l’école, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

S’il est vrai que grâce à un écosystème particulièrement foisonnant, à une multiplication d’incubateurs, de fonds d’investissements, d’espaces de coworking ou encore d’associations, les jeunes diplômés sont aujourd’hui plus que jamais accompagnés pour se lancer dans la création d’entreprises, ces aides n’en sont pas pour autant un gage de réussite.
Au contraire, ce contexte économique pousse au start-up washing, soit l’utilisation d’un vocabulaire et d’un discours inspirés du monde des start-up sans pour autant innover. Sans compter qu’à l’heure où le premier CDI se décroche à seulement 28 ans, le projet de création d’entreprise est souvent le palliatif à un manque d’opportunités professionnelles.

L’entrepreneuriat n’est pas à la portée de tous, il faut une certaine maturité pour réussir à monter une structure et mettre en place une véritable alchimie avec le marché », analyse Laurent Allias.

Et cette force psychologique, cette capacité à nouer un réseau, à trouver les bons investisseurs et à connaître les véritables besoins d’un marché ne s’apprennent pas sur les bancs de l’école. Créer, c’est avant tout une rencontre avec soi-même.

Ce n’est pas une question d’âge, mais plutôt une histoire d’expériences. Pour le jeune entrepreneur, le meilleur moment pour mener à bien son projet de création d’entreprise est 4 ou 5 années après être entré sur le marché du travail. C’est une question de paliers et de marches à franchir qui s’apprend au contact d’autres dirigeants. Si aujourd’hui, les formations se remettent de plus en plus en question, elles ne sont pas encore assez professionnalisantes pour accompagner les jeunes diplômés sur la voie de la réussite.

Elles manquent encore trop souvent de véritable esprit d’entreprise », conclut Laurent Allias.

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