La valeur d’un salarié mais de quoi parle-t-on ?

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La rentrée provoque souvent des questions introspectives et anxiogènes.
Vais-je rester motivé ? Serai-je à la hauteur de mon nouveau boulot ? Va-t-on me licencier cette année ou l’an prochain ? Dois-je m’épiler les sourcils ?

Parmi ces questions il en est une aux accents plus philosophiques encore.

Qu’est-ce que je vaux ?

C’est en réalité une question tout à fait dans l’époque.
Aux temps anciens de la croissance, on se la posait moins.

On affirmait tout simplement à son DRH « Parce que je le vaux bien » et on se passait la main dans les cheveux en touchant une augmentation de salaire qui sanctionnait notre valeur aux yeux de notre employeur.

Aujourd’hui il est plus compliqué de déterminer sa valeur marchande en affichant ses prétentions. Ce mot de « prétentions » illustre d’ailleurs le petit problème des Français avec le salaire et l’argent en général.

La question de la valeur d’un salarié est par ailleurs très ambiguë tant on aura tendance à confondre sa valeur économique, son utilité sociale et sa valeur professionnelle.

Prenons l’exemple d’un travailleur social, d’un trader et d’un chef d’entreprise.
Le travailleur social a une valeur économique faible au regard de ce qu’il est rémunéré mais qui contesterait son utilité sociale ?
Le trader a une valeur économique forte mais une utilité sociale contestée quand la valeur professionnelle de l’entrepreneur n’est plus a démontrer même quand il se plante.

Voilà pourquoi la question de la détermination de notre valeur pose problème dans un univers du travail où les schémas anciens sont quasiment tous remis en cause.

Il existe néanmoins plusieurs méthodes pour estimer sa valeur.
Compte tenu de ce que je viens de rappeler, aucune n’est fiable et il faut combiner pour toutes les approches (économique, sociale, professionnelle) pour s’auto-évaluer précisément et surtout de manière satisfaisante pour soi-même.

Car après tout notre but dans la vie est d’être heureux en conservant l’estime de nous-même.

La première approche pour déterminer sa valeur, la plus classique c’est évidemment le benchmarking de votre salaire.

Combien d’euros propose le marché de travail aux gens qui ont mes compétences, mon expérience, mes diplômes etc. C’est la méthode que j’appellerai « le vrai salaire des cadres » qui booste chaque année les ventes des hebdos avec des unes fracassante « Êtes-vous bien payés ?! ».

Des statistiques, des bases de données et des comparateurs existent qui vous diront à l’inverse de Corneille que la valeur attend généralement le nombre des années…

Une autre façon d’estimer sa valeur c’est de poser la question à son employeur, au moment des augmentations : « Combien tu m’aimes Patron ? ».

S’il ne réagit pas, c’est que votre valeur n’a pas changé, voire qu’elle a baissé.
Ou que vous vous y êtes mal pris ou que les caisses sont vides.
Ou bien qu’il est temps pour vous de poser la même question à un concurrent ou un chasseur de têtes.

Ce qui vous conduira à préférer la 3e méthode dite méthode Staline. Ma valeur est-elle déterminée par mon salaire ou par d’autres éléments ?

Par exemple si je suis commercial, ma valeur ne correspond-elle pas au chiffre d’affaires que je génère chaque année ? On prête à Staline cette formule « Le pape, combien de divisions ? ».

Eh bien vous c’est pareil. La valeur d’un cadre dépend de ses divisions, autrement dit de son réseau : réseaux de clients, de fournisseurs, d’experts.

Votre valeur peut également se mesurer en fonction de votre influence numérique mais attention, sur internet, le contact utile ne vaut pas grand chose.

Exactement comme un dentiste qui rejoint un cabinet avec une clientèle, vous pouvez faire valoir vos 5000 contacts sur LinkedIn ou vos 10000 fans sur Facebook.

J’avais, il y a 4 ans, imaginé qu’un jour on négocierait son contrat de travail et son salaire en fonction de son réseau 2.0. Visiblement nous n’y sommes pas encore.
Je n’avais pas prévu qu’aujourd’hui tout le monde aurait un réseau grâce à internet. Les « likes » ne font pas nécessairement la valeur du « liké »…

Une autre méthode consiste à prendre ses diplômes, à monter sur une balance et à regarder ce qui se passe.

De plus en plus, il ne se passe rien.

La valeur du diplôme qu’on confond trop souvent avec la valeur de son titulaire n’a plus autant la cote qu’autrefois.
En tout cas la valeur du diplôme diminue rapidement avec le temps supplanté qu’elle est par la valeur de l’expérience.

Mais alors comment évaluer mon expérience ?

En vérité, la valeur d’un cadre dépend également de la santé économique du secteur où il exerce ses talents exactement comme deux joueurs de foot. Celui qui joue au Barça vaut plus que celui qui joue dans un club de D2.

Pareil pour nous autres. On sait par exemple que 10 ans dans la finance valent un peu plus que 10 ans dans la publicité et que 5 ans de pointage à Pôle Emploi valent bien moins cher que 3 ans dans une start-up qui perd de l’argent et ainsi de suite.

Augmenter sa valeur c’est aussi aller vers des secteurs qui créent de la valeur.

Dans la société du paraître et de la crise des « subprimes« , notre valeur peut aussi être trompeuse mais efficace. Ne dit-on pas de certains qu’ils sont des survaleurs ?

Exemple. Sur un site concurrent, je suis tombé sur un formulaire intitulé « Êtes-vous bien payé » qui pose au curieux une batterie de questions (âge, ancienneté, responsabilités) dont celle-ci…

« Indiquez votre position par rapport au Président ».

Autrement dit et si j’ai bien compris le sens de la question, plus on serait proche de Dieu, plus on aurait de la valeur. C’est méconnaître les évangiles et cette parole du Christ qui annonce que les premiers seront les derniers. Surtout s’il y a changement de président…

Autrement dit, je peux avoir une valeur apparente forte tant que je suis en poste mais tout perdre à la faveur d’un changement politique. Les ministres débarqués connaissent parfaitement la question.

On peut aussi s’interroger sur la valeur d’un collaborateur selon des critères plus humains. Je me souviens qu’en École d’officier, un des critères d’évaluation des aspirants était la note de cohésion, autrement dit l’apport au bon fonctionnement du groupe.
Personnellement, je ne savais pas grimper à la corde ce qui pouvait mettre en danger le groupe en cas de danger. Mais j’apportais ma bonne humeur et mon sens de la camaraderie à ma brigade.

Hélas, les entreprises passent encore très lentement de la valorisation du QI à celle du QE, le quotient émotionnel. C’est dommage pour les sensibles, les créatifs, les gentils et les barrés.

L’entreprise leur reconnaît moins de valeur qu’aux agressifs, aux beaux, aux grands, aux blancs, aux hommes qui sont mieux payés et donc mieux évalués.
La société a beau crier à l’injustice et décréter l’égalité. Nos employeurs nous reconnaissent une valeur différente sur la base de critères souvent subjectifs.

Contre la subjectivité, il y a les textes relatifs à l’évaluation des salariés. Toutes les entreprises n’en ont pas.
Je vous donne pour exemple les critères d’appréciation de la valeur d’un agent dans la fonction publique. Ils ont :

1. le mérite d’exister…

2. Ils sont clairs. Ces critères se répartissent en 4 familles :

A. les compétences et la technicité
B. la contribution à l’activité du service
C. les qualités personnelles et relationnelles
D. l’aptitude au management ou à la conduite de projets. Voilà qui nous renvoie aux grilles d’évaluation classique des cadres.

En vérité, le problème de notre valeur économique, professionnelle et par extension de notre utilité sociale c’est que nous ne sommes pas tout seul à la déterminer. Un jour un avocat fiscaliste m’a dit « Ton prix c’est celui que tu demandes ».

Reste à savoir si un recruteur saura m’apprécier à ma juste valeur (étape 1) pour ensuite y mettre le prix (2).

A cet égard, je ne connais que deux façons de travailler soi-même sa valeur et d’obtenir le prix qu’on en demande :

1. Créer son entreprise, en devenir l’homme clé et finir par confondre sa propre valeur avec celle de sa société.
C’est ainsi qu’on dit d’un entrepreneur « Il pèse tant de millions d’euros ou de dollars »

2. Exercer un savoir-faire, une expertise rare sur un secteur qui rémunère chèrement cette rareté.

3. Épouser un ou une héritière.

Quelles que soient la méthode retenue, je déconseille de passer trop de temps à « s’examiner la valeur » devant un miroir.

D’abord parce que c’est un exercice narcissique et anxiogène même s’il est nécessaire, ensuite parce qu’il y a plein de gens mal payés qui ont une immense valeur pour leur famille, leur collègues ou pour la société (et parce qu’il existe aussi de nombreux vauriens – vaut rien – trop bien rémunérés) ; enfin parce que la seule vraie manière d’augmenter sa valeur (marchande, sociale, économique) c’est l’action, la formation et le perfectionnement.

Néanmoins si jamais l’étude de la valeur des êtres est un sujet qui vous passionne, tâchez de l’exercer non sur vous-même mais sur autrui.
Préférez donc une carrière de chasseur de têtes, d’enseignant, de médecin, d’entraineur sportif ou d’agent de star…

C’est toujours mieux que vendeur d’esclaves…

David Abiker

David Abiker

David Abiker

David Abiker est chroniqueur à la radio et à la télévision.

Il assure notamment la chronique « Il était une fois l’Open-Space » dans le magazine GQ et réalise chaque semaine l’interview RH d’une personnalité pour Cadremploi et le Figaro.fr.

Si on l’entend chaque soir sur Europe1 dans l’émission Des Clics et des Claques de 20h à 21h qui traite des tendances et débats émergents sur Internet, on sait moins que David Abiker a été responsable de formation, puis communicant puis DRH dans une vie antérieure.

Il est enfin l’auteur de plusieurs romans et essais toujours teintés d’humour notamment Le musée de l’homme paru chez Michalon ou Zizi The Kid paru chez Robert Laffont.

Il est évidemment accro’ à Twitter (@davidabiker) et tient un blog éclectique à l’adresse suivante davidabiker.fr. David n’a jamais écrit de livre de management…

Coup de coeur Blogueur
Lire le coup de coeur de David Abiker à propos d’un tableau et de quelques ouvrages qui valent le détour

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