Et si l’épanouissement du collaborateur passait avant la productivité de l’entreprise ?

0

Il n’est de richesse que d’hommes… Quel que soit le secteur d’activité, et plus que jamais en période de crise économique, tout chef d’entreprise qui se respecte est en quête d’une optimisation de son chiffre d’affaires et de ses bénéfices. Mais le secret d’une productivité pérenne ne passe-t-elle pas avant tout par la motivation de ses salariés ?

Deux experts des ressources humaines ont accepté de se pencher sur cette question. 

Oui. Sans bien-être pas de productivité

Vincent Meyer

Ce n’est pas tant la quantité de production, mais plutôt la capacité d’innovation, l’adaptabilité des salariés aux évolutions du marché, aux évolutions produits et à la mondialisation qui créent de la valeur pour l’entreprise »

Vincent Meyer, Responsable du programme Management des Compétences et Gestion des Ressources Humaines à l’EM Normandie.

Vincent Meyer reconnaît qu’il peut être de prime abord surprenant d’opposer l’épanouissement personnel et la productivité. Pourtant, il est clair selon lui, que d’un point de vue philosophique dans une société moderne où le travail n’est en grande partie plus subi mais choisi, le bien-être des collaborateurs passe avant tout.

L’épanouissement des individus doit primer car sans collaborateur il n’y a plus d’entreprise », analyse le Professeur de l’Ecole de Normandie.

Il en est ainsi si l’on se place d’un point de vue des ressources humaines, mais qu’en est-il du côté de l’entreprise ? Pour répondre à cette question, il faut tout d’abord s’interroger sur la définition de la productivité de l’entreprise…
On peut ainsi la définir assez simplement comme le juste rapport entre la production de l’entreprise et les facteurs de production, ou encore comme le rapport entre la valeur ajoutée des salariés et le coût de la main-d’œuvre.

Et justement, d’où provient aujourd’hui la plus-value des salariés ?

Ce n’est pas tant la quantité de production, mais plutôt la capacité d’innovation, l’adaptabilité des salariés aux évolutions du marché, aux évolutions produits et à la mondialisation qui créent de la valeur pour l’entreprise », explique Vincent Meyer.

C’est ainsi avant tout des connaissances régulièrement réactualisées qui font la plus-value d’une entreprise. Un bon collaborateur doit aujourd’hui plus que jamais être capable de se former pour apporter de la valeur et créer de la productivité au sein de l’entreprise.

Et cette productivité ne peut se réaliser qu’à travers une forme d’épanouissement personnel des salariés. Difficile en effet d’envisager l’acquisition de nouvelles connaissances et la quête d’innovation sans un épanouissement personnel au sein de son entreprise. Mais, attention tout de même à ne pas se méprendre sur le sens de l’épanouissement personnel :

Celui-ci n’est pas un retour à un individualisme primaire ou à une forme d’égoïsme. Le bien-être, pour être créateur de valeur et de productivité, doit passer par les autres et le travail collectif », prévient le Responsable du programme Manager des Ressources Humaines à l’EM Normandie.

Non. Pas de rentabilité sans productivité

Cécile Dejoux (Crédit photo © Jean-Noël Perez)

L’objectif de l’entreprise n’est pas de rendre ses collaborateurs heureux, mais bien de créer les conditions pour que les collaborateurs heureux soient performants »

Cécile Dejoux, Professeur des universités au Cnam, auteur de « La Gestion des Talents » aux éditions Dunod et Directrice du Learning Lab Human Change.

Une position que ne défend pas Cécile Dejoux pour qui la productivité est prioritaire au sein d’une entreprise. En effet, quel que soit son secteur, une entreprise ne peut réussir que si elle est rentable, rappelle-t-elle. Mais pour être rentable, elle doit également réunir des collaborateurs performants heureux.

Alors à quoi reconnaît-on un salarié performant ?

Un individu est performant s’il est équilibré, s’il peut prendre des décisions, s’il sait pourquoi il fait les choses et ce que l’on attend réellement de lui », analyse la Professeur des universités du Cnam.

Des chercheurs de l’Université de Warwick ont montré que des collaborateurs heureux permettaient à l’entreprise de gagner 12 % de productivité (Happiness and Productivity, 2014).

Ainsi, une entreprise a besoin de productivité, mais pour être productif un salarié doit comprendre les objectifs de l’entreprise, savoir quelle sera sa boucle de rétribution et être suffisamment encadré pour pouvoir apporter des solutions originales et performantes. Un salarié ne peut pas être performant s’il n’a pas compris le sens et s’il n’est pas en accord avec les valeurs de l’entreprise. Il faut donc que les valeurs personnelles du collaborateur soient en phase avec les valeurs de l’entreprise.

Si Cécile Dejoux reconnaît que pour être productif, un salarié doit bien évidemment être épanoui, il n’en reste pas moins que son épanouissement ne peut faire partie des objectifs premiers d’une entreprise.

Une entreprise est là pour faire de la rentabilité et de la performance, mais elle ne peut le faire que si les personnes qui y travaillent sont convaincues qu’il y a un objectif, une rétribution et des méthodes qui leur permettent d’être performantes ».

Pour qu’un homme innove et soit dans une logique de performance de l’entreprise, il faut donc que cette dernière propose les conditions positives à son épanouissement. Par exemple, à travers des indicateurs de performances, une stratégie de formation, des conditions et des lieux de travail inspirants, un projet de carrière, ou encore le développement personnel…

L’objectif de l’entreprise n’est pas de rendre ses collaborateurs heureux, mais bien de rendre performants des collaborateurs heureux », conclut la Professeur des universités au Cnam.

Réagissez !

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Vérification de sécurité * Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.