Peut-on manager des collaborateurs comme on coache une équipe sportive ?.

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Une chose au moins réunit le monde du sport et celui de l’entreprise : la volonté de bâtir l’équipe la plus performante possible.
Mais le coaching sportif est-il vraiment adaptable au cadre et aux contraintes d’une entreprise ?

Deux experts partagent leur point de vue.

OUI. Des points communs indiscutables

Il existe bien trop de points communs entre une équipe sportive et une équipe en entreprise pour ne pas tirer de l’une des règles efficaces pour l’autre.

Bertrand Molinier

Bertrand Molinier

C’est l’avis de Bertrand Molinier, membre du réseau Syntec Conseil en management : «Dans les deux cas, l’objectif est de créer les conditions d’une mobilisation totale des membres de l’équipe et de maximiser leurs performances», explique-t-il.

Identiques aussi les deux casquettes que doit réunir un manager efficace :

La réussite d’un entraîneur repose sur les mêmes axes que celle d’un manager. Le premier est la crédibilité que lui confèrent ses compétences et son expérience, le second est sa capacité à fédérer, à donner confiance et à mobiliser».

Les parallèles entre ces deux modes de gestion ne manquent pas.

Pour commencer, en sport comme en entreprise, « le talent du collectif n’est pas la somme des talents individuels. Un bon management ne se contente pas de placer le meilleur à chaque poste, mais doit créer une alchimie en tenant compte des personnalités de chacun et de leur capacité à entraîner les autres. Une équipe se construit autour de cet équilibre, très difficile à obtenir».

Pour s’en approcher, le manager et l’entraîneur doivent être capables d’identifier les points forts individuels et les relais au sein de l’équipe, «avec par exemple deux ou trois cadres qui rassurent, prennent de la hauteur, inspirent le respect à leurs pairs, et autour d’eux des personnalités plus instinctives, plus individuelles».

Un mélange de personnalités auquel s’ajoute aujourd’hui celui des cultures :
«Le sport est habitué à compter une large proportion d’internationaux dans ses équipes. L’entreprise moderne est confrontée à la même problématique de communication et de gestion entre des personnes de diverses origines culturelles», souligne Bertrand Molinier.

Autre point commun, la force d’une équipe sportive passe par sa maîtrise technique, mais aussi par sa capacité à s’adapter et prendre le contre-pied d’une situation donnée.
«Les équipes qui connaissent par cœur leurs schémas de jeu et restent bloquées dedans finissent par perdre », observe l’expert du réseau Syntec Conseil en management.

C’est la même chose en entreprise : «Une société peut avoir une stratégie gagnante et reconnue, mais les choses évoluent constamment. Le management doit être agile, s’adapter à la concurrence, prendre l’initiative et ne pas rester campé sur ses positions».

Un autre parallèle est à faire entre les deux types de management : la gestion des hauts potentiels

« Le sélectionneur d’une équipe de football ou de rugby doit gérer une pépinière de joueurs, et avoir toujours un coup d’avance, décrypte Bertrand Molinier. Même s’il n’y a que onze ou quinze joueurs sur le terrain, le coach en conserve soixante-dix dans son cercle, et s’applique à gérer dans le temps leurs carrières et leur potentiel ».

Cette démarche de rétention et de gestion des talents, vitale pour les clubs sportifs, l’est tout autant pour une entreprise qui recrute, forme et accompagne les futurs cadres «stars» de son dispositif.

NON. Deux mondes et des objectifs bien différents

Professeur de management à l’ESC Pau, Fernando Cuevas a étudié, notamment aux côtés d’Albert Jacquard, les liens entre sport et entreprise.

Fernando Cuevas

Fernando Cuevas

Et son constat ne plaide pas en faveur d’un rapprochement de ces deux mondes : «Nous voyons le sport comme il devrait être, c’est à dire l’occasion d’une belle solidarité entre les membres d’une équipe, mais la réalité est très différente», estime-t-il.

Car si chacun souhaite en théorie que son équipe gagne, «l’important est surtout de battre l’autre, d’être meilleur que ses propres coéquipiers. La compétition sportive exacerbe l’individualisme, voire le narcissisme, soit le contraire de ce que nous souhaitons pour une entreprise».

La « lutte des places » existe déjà, naturellement, en entreprise. Pour Fernando Cuevas, il n’est donc pas nécessaire d’importer des méthodes de management propres au sport, «qui ne feraient qu’accroître cette mentalité, à l’encontre de la performance collective».

L’individualisme est l’ennemi de l’efficacité car il pousse chacun à développer ses compétences de son côté, à moins partager avec les autres… Voire à mettre à ces derniers des bâtons dans les roues.

Si les coureurs de 100 m s’entraînaient tous ensemble, il est évident qu’ils battraient plus souvent le record du monde. Mais ce qui compte dans ce sport, c’est d’être meilleur que les autres, et non la performance pure. L’objectif d’un management d’entreprise est l’inverse : faire les meilleurs résultats collectifs possibles », analyse Fernando Cuevas.

Que penser alors de cette tendance à s’inspirer de ces méthodes de coaching dans l’entreprise, en faisant intervenir d’anciens sportifs de haut niveau en tant que consultants ?

A ce sujet, le professeur de l’ESC Pau est dubitatif :
«Personne ne demanderait à un footballeur de se faire architecte ou médecin, mais le métier de consultant en management manque de techniques agréées et professionnalisantes. L’apport d’un consultant est souvent très subjectif…», considère-t-il.

Une personnalité issue du sport peut bien sûr avoir un discours mobilisateur, «mais il utilise la plupart du temps les leviers de l’émotion, qui sont importants mais auxquels il manque un aspect fondamental du management, c’est-à-dire l’analyse conceptuelle de la situation».

Fernando Cuevas estime néanmoins qu’un sportif peut apporter, ponctuellement, une énergie bénéfique à une entreprise, en particulier dans une situation de crise :
«Les sportifs de haut niveau, il faut le reconnaître, ont souvent vécu des situations de tension énorme, explique-t-il. Cette expérience extrême leur donne toute légitimité pour parler de gestion du stress. En ce sens, ils peuvent apporter d’excellentes techniques aux collaborateurs pour les aider à le surmonter et à se dépasser ».

Des conseils ponctuels, donc, mais qui ne sauraient se substituer à une véritable stratégie managériale.

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