Et si la robotisation de l’emploi nous était profitable ?

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Disparition massive de postes ou destruction créatrice, quels secteurs d’activité sont véritablement concernés aujourd’hui et demain par les (r)évolutions que sont la robotisation et l’intelligence artificielle ? Faut-il être alarmiste ou au contraire y déceler des bénéfices encore insoupçonnés ?

L’étude menée par les chercheurs américains Carl Benedikt Frey et Michael Osborne a obtenu un fort retentissement en 2013 en indiquant que 47 % des emplois risquaient de devenir automatisés d’ici 10 à 20 ans.

De son côté, l’OCDE affirmait l’an dernier que le pourcentage des emplois automatisables serait de seulement 9 % en moyenne dans les pays de son giron. Un constat bien moins alarmiste. Alors qui croire ? Récemment, le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) équilibrait quelque peu les débats dans son rapport intitulé « Automatisation, numérisation et emploi ». D’après celui-ci, moins de 10 % des emplois existants présenteraient en effet des vulnérabilités susceptibles de menacer leur existence dans un contexte d’automatisation et de numérisation. Il précise toutefois aussi que la moitié des emplois existants seraient susceptibles d’évoluer dans leur contenu. Et ce, de façon significative à très importante.

Tous les secteurs concernés

Des récents progrès de l’intelligence artificielle et à travers elle, le deep learning à savoir la capacité d’apprentissage des robots, jaillis souvent une vision apocalyptique de la « fin de l’emploi ». Un mythe volontiers relayé par la science-fiction. C’est le cas par exemple dans la série suédoise Real Human qui dépeint des robots dotés d’intelligence artificielle remplaçant les hommes à l’instar des aides-soignants, chauffeurs, assistants de personne, télé-marketing… Force est de constater que les progrès réalisés ces dernières années dans la robotique lui ont permis de s’étendre dans le monde réel et, au-delà du seul secteur industriel, à des domaines jusqu’ici peu ou pas concernés comme la médecine ou le droit. Autres exemples : la logistique avec le déploiement de robots collaboratifs programmés pour déplacer des étagères où sont stockés les produits à livrer ou encore, dans la sécurité ou l’agriculture avec l’utilisation de drones.

Pour Raphaël Liogier, sociologue, philosophe et auteur du livre « Sans emploi : Condition de l’homme postindustriel » :

Raphaël Liogier

Tous les secteurs sont bien concernés, qu’ils soient mécaniques, nécessitent la prise de décisions ou même l’accompagnement à la personne qui suppose de l’empathie avec la réflexion actuelle par exemple sur les robots policiers ».

Le déterminisme technologique n’existe pas

Dans les faits donc, les transformations sont largement perceptibles. Mais l’histoire économique montre que les révolutions technologiques sont aussi allées de pair avec une croissance de l’emploi. Le Japon ou encore l’Allemagne, tous deux chantres de la robotisation, connaissent des taux de chômage bien inférieurs à ceux de nombreux pays en retard en la matière et sont ainsi souvent pris en exemple pour faire émerger cette plausible tendance. D’après les spécialistes du sujet, il n’existerait ainsi aucun déterminisme technologique. L’impact des robots sur l’emploi dépendrait d’abord des choix stratégiques et organisationnels qui accompagnent leur déploiement.

Des entreprises créent de l’emploi

Robotique, intelligence artificielle, Internet des objets, traitement à grande échelle des données (big data)… L’élargissement du champ des réalisations par des robots se poursuit. L’imprimerie 3D connaît à ce titre une vraie expansion. L’entreprise basée à Strasbourg BeAm ou la nordiste Dagoma y ont ainsi créé plusieurs dizaines d’emplois. Même dynamique dans d’autres filières où naissent des profils tels que les éducateurs à algorithme.

Yann Bonnet

Autant d’opportunités pour être plus efficace. Il faut aussi réfléchir à comment mieux utiliser ces technologies pour qu’elles deviennent profitables économiquement et sociétalement parlant. Il s’agit d’une transformation de l’ampleur de l’arrivée d’Internet. »

note Yann Bonnet, Secrétaire général du Conseil National du Numérique.

Un monde bouleversé d’ici à 5 ans déjà ?

Le monde de l’emploi évoluera à coup sûr. Demain, il ne sera peut-être plus judicieux de parler de secteurs d’activité, ni même d’emploi à proprement parler mais plutôt de raisonner en termes de tâches. Un nombre de plus en plus important de tâches sera ainsi effectué par des machines que l’on soit médecin, avocat ou comptable. Et d’autres par les hommes.

En revanche, comme l’explique Raphaël Liogier :

«Même si les machines répondent désormais à de plus en plus de situations, notamment aléatoires, elles ne font que réagir. Il s’agit d’une créativité réactive et non d’une créativité pure. Elles ne créent pas de nouvelles activités avec de nouvelles contraintes, cela reste le propre de l’homme. Quoi qu’il en soit, potentiellement, dans 5 à 6 ans la face du monde dans les pays industrialisés aura complètement changé. »

 

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