Dois-je dire adieu à mon Contrat à Durée Indéterminée ?

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Face au succès grandissant du statut d’auto-entrepreneur et du nombre croissant de travailleurs freelances, la place centrale du salariat semble sérieusement ébranlée sur le marché de l’emploi français. Mais, alors que les embauches en CDD atteignent aujourd’hui un record historique, avec 86 % contre 67 % en 2001, faut-il s’attendre à la disparition des contrats à durée indéterminée dans les années à venir ?

Pour répondre à cette question brûlante à l’heure où le projet de loi El Khomri continue de faire couler beaucoup d’encre, nous avons interrogé deux experts de l’emploi. Réponses en débat. 

Oui. Le CDI n’a plus le monopole

debat-oui-NL#6-2016

Denis Pennel

La diversification des contrats de travail et la multiplication des façons de travailler au sein du salariat font que le CDI perd désormais de sa suprématie et de son monopole »

Denis Pennel, directeur général de la CIETT, Confédération mondiale des services privés pour l’emploi, auteur d’un livre intitulé « Travailler pour soi : quel avenir pour le travail à l’heure de la révolution individualiste ? » et du blog « La nouvelle réalité du travail ».

Pour Denis Pennel, plus qu’une crise de l’emploi, nous assistons aujourd’hui à une véritable révolution du travail avec des mutations structurelles qui sont en train de prendre place : évolutions démographiques, nouvelles technologies, réorganisation des modes de production au sein des entreprises, nouvelle attitude des individus par rapport au travail…

Face à cette révolution industrielle, nous entrons dans une nouvelle ère qui impacte notre relation au travail », explique en préambule le directeur général de la CIETT.

Force est de constater que le CDI est aujourd’hui devenu pluriel. CDI intérimaires, salariés en CDI payés au forfait… une diversité du contrat à durée indéterminée s’est ainsi développée juridiquement. Et ce précieux sésame n’est déjà plus la norme.

Aujourd’hui, seuls un tiers des salariés en France ont un CDI de type fordiste, c’est-à-dire à temps plein et avec des horaires réguliers », met en avant Denis Pennel.

La diversification des contrats de travail et la multiplication des façons de travailler au sein du salariat font que le CDI perd désormais de sa suprématie et de son monopole.  Sans oublier, qu’au-delà du salariat, on voit aujourd’hui apparaître de nouvelles formes d’emplois qui sont justement en dehors de cette relation salariale. Avec, par exemple, la recrudescence de plateformes en ligne telles que Uber, Airbnb.

En outre, si pendant des années, le CDI a été synonyme de sécurité et de stabilité, c’est aujourd’hui loin d’être le cas. Par indéterminé, il faut désormais entendre que la date de fin de contrat est inconnue et non qu’il impossible de rompre ce dernier. Ainsi, sur l’ensemble des nouveaux CDI signés, un tiers de ces contrats sont rompus au bout d’une année. Preuve s’il en faut de la nécessité de remettre en question la pseudo-stabilité qu’est censé apporter le CDI en termes de relation d’emplois.

Au sein de cette révolution du travail, la part du salariat dans la population active va dans les années à venir se réduire de plus en plus au profit d’autres formes de travail non salariales », conclut Denis Pennel.

Non. Le CDI reste une norme sociale

debat-non-NL#6-2016

Damien Brochier

Pour beaucoup de Français, le contrat à durée indéterminée est encore perçu comme le Saint Graal sur le marché du travail »

Damien Brochier, chef du Département Travail Emploi Professionnalisation au Centre d’études et de recherches sur les Qualifications.

Pour Damien Brochier, au cours de ces dix dernières années, la plupart des pays européens ont cherché à accroître, chacun à leur manière, la flexibilité de leur marché du travail. En France, le débat s’est essentiellement focalisé sur la remise en cause du statut du CDI, considéré par certains comme un statut trop protecteur.

Pourtant,

le CDI n’est pas mort car il représente encore de loin la forme la plus courante du contrat de travail en France », rappelle le chef du Département Travail Emploi Professionnalisation au Centre d’études et de recherches sur les Qualifications.

De plus, en cette période de crise, le CDI représente toujours une norme sociale très importante. Beaucoup d’institutions et d’organisations de la société française n’accordent aux individus des droits ou des garanties (en matière de logement, d’accès au crédit…) que s’ils sont détenteurs d’un CDI, qui constitue un gage de sécurité et de stabilité. Il est donc normal que, pour beaucoup de Français, le contrat à durée indéterminée soit encore perçu comme le Saint Graal sur le marché du travail.

Si pour les salariés, la conquête du CDI est une bonne façon de stabiliser leur vie, ce sésame se révèle également important pour les entreprises.

Il est regrettable d’opposer le CDI comme étant uniquement un gage de sécurité et de travail à vie pour un salarié face à une entreprise qui ne voudrait que des salariés flexibles », constate Damien Brochier.

D’où la nécessité du maintien du CDI, ou pourquoi pas son évolution vers une sorte de contrat unique qui donnerait accès à des droits progressifs. Mais ce virage ne pourra pas se faire du jour au lendemain.

Pour le chef du Département Travail Emploi Professionnalisation au Cereq,

il faudrait déjà parvenir à déstigmatiser le CDD en l’assortissant d’un certain nombre de droits complémentaires, pour qu’il constitue moins un repoussoir ».

Ce qui pour l’instant ne semble pas encore gagné !

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