La crise crée-t-elle de nouveaux métiers ?

0

La crise pousse les entreprises à trouver de nouveaux leviers de performance : réduction des coûts, communication sur différents supports, investissement dans les secteurs émergents…

Elles s’adaptent et se transforment, mais créent-elles pour autant de nouvelles professions ? Deux experts partagent leur point de vue.

OUI, la crise accélère le changement

La crise crée-t-elle de nouveaux métiers ?

Il faut souvent attendre que la société n’ait plus le choix pour qu’elle accepte la nouveauté » constate Jessica Lichy, enseignante à l’IDRAC Lyon. Un constat particulièrement vrai en France, « un pays qui met toujours du temps à accueillir les nouvelles technologies pour les mettre à son profit. »

La période actuelle, sur fond de crise économique et de mutation technologique, est un terrain propice à l’innovation :

« Le climat de crise modifie le comportement des consommateurs et oblige les entreprises à explorer différentes manières de travailler. » analyse Jessica Lichy.
Les technologies numériques constituent en cela « une opportunité qu’elles ne peuvent plus refuser. »

Pour répondre aux défis posés par la grisaille économique, les entreprises intègrent de nouveaux métiers au sein de leurs équipes :

« Les postes offline deviennent online, la communication change de support, et tout cela entraîne de profonds changements dans les compétences recherchées. »
Community managers et spécialistes du référencement sont désormais prisés dans tous les secteurs, « apportant même avec eux un nouveau vocabulaire professionnel. »

La crise s’accompagne aussi de nouvelles manières de recruter : « Les éléments de sélection des candidats ne sont déjà plus les mêmes qu’avant 2010 » observe Jessica Lichy. Maîtrise des réseaux sociaux et présence sur le Web via un blog deviennent même obligatoires pour certaines fonctions, en particulier marketing.

Les organismes de formation effectuent aussi leur mue, avec l’essor du e-learning et de multiples spécialisations Web et numériques.

« C’est l’ensemble du monde professionnel qui entame un nouveau cycle, dans lequel la crise joue un vrai rôle d’accélérateur. »

Outre les secteurs émergents tels que les cloud computingdata mining et autres green IT, toute l’activité économique est concernée par ces changements :

« Les métiers du XXIe siècle sont là et, désormais, il n’est plus question de les ignorer », conclut l’enseignante en marketing à l’IDRAC Lyon, dont les recherches actuelles tendent à étudier l’impact de la génération Y sur les business models internationaux. « Tout le monde doit aujourd’hui attraper la vague. »

NON, beaucoup d’évolution, peu de création

La crise crée-t-elle de nouveaux métiers ?

Plus que la crise, « c’est le passage d’un monde moderne à un monde post-moderne qui engendre l’évolution actuelle des métiers » selon Aline Scouarnec, responsable du Master RH de l’IAE Caen.

Car de fait, de profondes transformations s’opèrent, « liées aux nouvelles technologies, aux liens sociaux, aux normes internationales…» qui modifient les modes de production, de consommation ainsi que les relations hiérarchiques.

« Mais pour parler de nouvelles professions, il faudrait observer un ensemble d’activités et de compétences inusitées » explique Aline Scouarnec. Ce qui n’est pas le cas : « Les métiers s’adaptent en intégrant de nouveaux outils et spécialisations, mais ils ne sont pas inédits. »

Bien sûr les compétences évoluent, et leur transition se produit de plusieurs manières, « avec par exemple des métiers qui n’existaient pas dans un secteur donné, et y font leur apparition. » Ainsi les compétences informatiques deviennent-elles primordiales dans les métiers de la communication.

Ou encore des spécialités émergent, comme le contrôle de gestion dit « social », très en vogue dans les ressources humaines : « un type de poste dans lequel le contrôleur de gestion dispose de nouvelles données à analyser, sans que cela ne remette en cause la nature même de son travail », illustre Aline Scouarnec.

Un autre point majeur, celui de la formation :« Nous ne pouvons parler de nouveau métier que si de nouvelles filières de formation se développent, ce que je ne constate pas aujourd’hui. »

Car si des spécialisations apparaissent, comme le développement durable et la RSE dans les écoles d’ingénieurs, ou le numérique désormais présent dans la plupart des formations en communication, « les cursus restent les mêmes, et s’adaptent à leur environnement comme ils l’ont toujours fait. »

Afin d’explorer les nouvelles évolutions professionnelles qui se présenteront dans les prochaines années, Expectra publiera le mois prochain son dernier guide : Quelles compétences pour demain ?

Nicolas Chalon pour Expectra

Réagissez !

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Vérification de sécurité * Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.