S’aimer pour mieux réussir

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Le bon équilibre managérial a besoin de trois points d’appui, à valeur égale : la confiance en soi, l’estime de soi et l’affirmation de soi. Il en va de même pour tout homme et toute femme afin d’aller de l’avant et construire sa carrière.

De Isabelle Barth

Isabelle Barth

Vous avez peut-être déjà assisté à cette expérience édifiante : lors d’une conférence, un pianiste professionnel invite une personne dans la salle « n’ayant jamais joué de piano » à le rejoindre sur scène. Séverine est volontaire ! Le musicien installe Séverine au piano et s’assoit à côté d’elle. Il lui demande de jouer « n’importe quoi », c’est-à-dire à disposer des touches du piano comme elle l’entend. Bien sûr Séverine est surprise, puis gênée de montrer son incompétence, mais, encouragée par la salle, elle se lance. Elle tape sur des touches au hasard avec l’index droit, et là, le pianiste commence avec toute son expertise de musicien, à accompagner ces quelques notes maladroites. Et, durant plusieurs minutes, nous pouvons entendre une mélodie harmonieuse à trois mains, sans repérer qui est le débutant et qui est l’artiste. Une très belle démonstration ovationnée par la salle ! Et une jeune femme rayonnante !

L’estime de soi est indispensable dans la vie personnelle comme au travail

Ce moment rare de démonstration de la valorisation d’une personne est extraordinaire. Et le grand défi est de passer de la musique au management, d’un moment exceptionnel à la vie quotidienne au travail. Car le monde du travail est vécu comme un monde de défis, de choix, de compétition, de discrimination, on s’y sent souvent très seul ! Le nier serait irresponsable.

Comment transmettre cette confiance en soi qui manque tant dans le monde du travail ?
Reprenons quelques définitions :

La confiance en soi ne se conçoit pas sans triptyque : la confiance en soi, l’estime de soi et l’affirmation de soi.

La confiance en soi, c’est avoir confiance en ses propres compétences. Elle se traduit dans l’action. Quand on a confiance en soi : on agit sans craindre d’échouer, et sans craindre le regard des autres. C’est un ingrédient indispensable pour être performant et avancer dans sa carrière professionnelle.

L’estime de soi est la connaissance de sa propre valeur. Elle se fonde sur la reconnaissance que nous porte notre entourage. L’estime de soi trouve ses racines dans l’enfance avec le sentiment d’être aimé et valorisé, mais on peut l’améliorer tout au long de la vie.

Enfin, l’affirmation de soi est la capacité à défendre ses droits, ses valeurs, ses projets sans entrer dans un cercle soumission/domination. L’affirmation de soi rejoint la notion d’assertivité, cette capacité à transmettre des messages sans agresser ni être passif.

On comprend aisément que ce triptyque construit un cercle vertueux car meilleure est son estime de soi, plus grande est la confiance en soi tout comme l’affirmation de soi.

La confiance en soi booste les performances individuelles et collectives

Si je reprends l’exemple de Séverine, sa séance de piano sur scène a amélioré sa confiance en elle-même (elle est capable de produire une petite pièce musicale avec un grand pianiste), son estime de soi (elle découvre en elle un talent caché : peut être pas la musique mais certainement le plaisir de l’exposition de soi devant un public), ce qui va lui permettre pendant quelques heures d’être plus assertive : dialoguer avec les autres sans agressivité ni passivité.
On comprend l’importance de ce triptyque à titre personnel : la vie est bien plus simple dans ces conditions optimales de rapport à soi et de rapport aux autres.

La performance sociale est intimement liée à la performance économique durable, l’enjeu se trouve donc dans le collectif pour une entreprise à la recherche de performance. Ce qu’on peut nommer aussi le «bien-être au travail » est une condition à la réussite tant individuelle que collective.

Nous avons donc tous à gagner à développer ces trois compétences qui relèvent à la fois du personnel et du relationnel.

Sortir des chemins classiques du management

A l’heure de l’arrivée de l’intelligence artificielle, et de la gestion des données massives, la prise de conscience de cette dimension « soft » de la compétence est plus que jamais d’actualité. La question est ensuite de savoir comment cultiver ces compétences douces. Elle est complexe, tant pour les managers que pour les salariés à titre individuel.
Ce qui est certain, à ce stade de la réflexion, c’est que les outils et les méthodes classiques du management ne suffisent plus, et qu’il faut apprendre à travailler avec d’autres disciplines, comme la psychologie, l’histoire, la philosophie, et d’autres domaines de l’activité humaine comme les arts plastiques, la musique, le sport, ou encore la cuisine.
Ce décalage permet d’aller au-delà des « conditions extrinsèques » classiques, c’est-à-dire salaires, primes, conditions de travail, etc, pour travailler davantage les facteurs « intrinsèques » : l’écoute, le respect, la confiance, l’exemplarité, la capacité du manager à donner du sens.

Une proposition simple est de travailler les 3H : Heart, Head, Hand.

Heart : en aidant les salariés à connaître leurs propres valeurs et leurs propres motivations. En acceptant aussi qu’elles puissent évoluer au cours de la vie. Un management bienveillant permet ainsi de développer l’estime de soi.

Head : connaître ses valeurs et ses qualités est vital, savoir les verbaliser et les communiquer est essentiel, car une carrière se construit toujours avec les autres : son manager, ses collègues étant dans le premier cercle. On retrouve ici l’affirmation de soi.

Hand : il s’agit de la traduction en actions, sans avoir peur de l’échec et du jugement d’autrui. Le management est particulièrement sollicité. Il doit apprendre à gérer l’échec et à stimuler les collaborateurs pour qu’ils prennent confiance en eux.

Reconnaissons-le, notre management se limite bien souvent à la tête et aux jambes : réfléchir, analyser et agir. Introduire le « cœur » est récent et peut inquiéter les managers car cela les oblige à sortir de la rassurante « rationalité managériale ».

S’aimer comme Séverine

Le bon équilibre managérial a besoin de ces trois points d’appui, à valeur égale. Il en va de même pour tout homme et toute femme afin d’aller de l’avant, de construire sa carrière selon ses envies profondes, en toute sérénité, sans chercher des concurrences vaines.
Lacan disait : « Comment puis-je aimer les autres si je ne m’aime pas moi-même ? ». Séverine, pendant quelques instants s’est aimée, a aimé son partenaire de clavier, a aimé la salle qui l’applaudissait. Pour que cet instant ne reste pas anecdotique, il faut que le management prenne le relais et aide tout un chacun à comprendre pourquoi il (ou elle) se lève le matin pour aller travailler.

Coup de cœur du blogueur
« Pensées pour moi-même » de Marc Aurèle

Bio du blogueur :

Isabelle Barth

Isabelle Barth est Directrice de l’INSEEC Business School et Directrice de la Recherche et de la valorisation des contributions académiques d’INSEEC U. Elle est Professeure agrégée des Universités, chercheuse en Sciences du management et mère de 6 enfants. Après 10 années passées à des postes de développement en entreprise, elle a exercé de nombreuses responsabilités pédagogiques, de recherche ou de management à l’Université pendant 25 ans. Elle a ainsi été Directrice de l’Ecole de Management de Strasbourg pendant 5 ans. Ses expertises portent sur le management de la diversité, la conduite du changement, les comportements humains et organisationnels émergents. Son objectif est de faire dialoguer le monde de la recherche et celui des entreprises pour mettre en œuvre et transmettre un management respectueux des hommes et des femmes.

Isabelle Barth est Top Voice sur Linkedin : https://www.linkedin.com/in/isabellebarth/ et très présente sur twitter : @Isabelle_Barth

Elle a publié de nombreux ouvrages dont : « Manager la diversité » éd. Dunod (Juin 2018) ; avec Yann Martin « La comédie de la vie au travail », éd. Desclée de Brouwer (2017) ; « Voyage au cœur de l’impulsion d’achat », éd. L’Harmattan (2016), « Désapprendre pour réussir », éd. EMS (2015), avec Yann Martin : « La manager et le philosophe », Ed. Le Passeur (2014)

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